L’exercice de l’État. Un film cliché et ennuyeux sur les coulisses de la politique

RÉSUMÉ. Officiellement, Bertrand Saint-Jean est ministre des Transports. Donc un homme important. Mais, dans les faits, il tient plus de la vitrine que de l’homme politique. Même lors d’appels téléphoniques, il n’est jamais que la voix de ses conseillers. Qui soupèsent chaque mot. Ses idées balancées aux médias ne sont pas non plus les siennes. Juste celles du président, un homme craint surnommé Le père par tout le monde. Dans ce milieu sans pitié, où il faut savoir renier sa parole pour durer, même l’amitié n’est qu’un vain mot.

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NOTRE AVIS. Le film débute par l’image d’une femme entièrement nue. Qui se fait croquer par un crocodile empaillé. Un fantasme, en fait. Qui renvoie au lien toujours d’actualité entre sexe et pouvoir. Puis, Pierre Schoeller change complètement de sujet. En présentant un brave type, ambitieux bien sûr mais désireux de défendre certaines valeurs. Et d’empêcher la nationalisation des gares, qui serait désastreuse sur le plan social de son point de vue. Et de celui de tous ses conseillers. Son combat, tout à son honneur, l’amène devant un mur. Soit il persiste et son siège deviendra éjectable, soit il suit la ligne présidentielle en opérant un virage à 180 degrés.

Jusque-là, le film tient toutes ses promesses. On sent la dualité entre les idéaux et le pragmatisme, les petits arrangements à trouver avec sa conscience pour faire carrière, l’importance de chaque mot pour ne pas sauter. Mais alors qu’on croit enfin avoir droit à une description nuancée – et sans doute plus réaliste – de la politique, l’intrigue vire dans le grand n’importe quoi hautement caricatural, avec mort d’un chauffeur, trahisons en cascade, jeux d’influence cyniques et autres coups bas qui se passent sans heurts. Rien de bien neuf, quoi. Ni d’instructif.

Au lieu d’amener à réfléchir sur les compromissions, inévitables ou pas, des hommes de pouvoir mais aussi sur leur action, L’exercice de l’État renforce l’image du “Tous pourris” et de l’inhumanité politique. C’est bateau et plutôt ennuyeux.

P. L.

L’exercice de l’État

Politique

Réalisé par Pierre Schoeller

Avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker

Durée 1h52