Le tramway Malebo entend être “un projet pour les 30 prochaines années”

“Pas question de ramener à Kinshasa des machines d’occasion et de vieux stocks bradés venant de je ne sais où.” Le message est lancé par Joseph Rode, cautionné par le hochement de tête de Stéphane Dirven. Les deux patrons de Préfarail savent ce qu’ils veulent et savent aussi qu’à travers ce premier grand projet subsaharien, c’est tout un continent en pleine mutation qui les regarde.

“Le projet de la Stik, la Société de transport interurbain de Kinshasa, prévoit un premier tronçon de 28 kilomètres de voies. Tout est tracé sur plan et il y aura près de trente stations. Pas question d’aller chercher des véhicules d’occase, pas question de se contenter de piquer quelques poteaux pour les stations. Tout sera neuf, tout sera high-tech et beau”, poursuit M. Dirven.

Objectif : 250.000 usagers payants par jour. “Dans la première phase, il y aura 50 locomotives. Mais il est évident que c’est un projet global qui doit aller beaucoup plus loin. On doit penser à l’horizon de 30 ans. C’est un projet à 800 kilomètres de voies (400 kilomètres de doubles voies). Regardez Bruxelles : vous êtes sur 240 kilomètres de doubles voies pour une ville qui est beaucoup plus petite que Kinshasa et qui compte une population au moins dix fois moins importante. Là-bas, à Kin, vous avez une mégalopole de 12 ou 14 millions de personnes avec des problèmes de mobilité, mais aussi de pollution. Le tram est une réponse évidente et notre système de voies noyées est apparu comme une évidence pour les décideurs locaux. Dans 10- 15 ans, on sera sur 350 locomotives et des millions de personnes transportées.”

Évidemment, les Kinois ne disposent pas d’un pouvoir d’achat identique à celui des Bruxellois. “C’est vrai, mais regardez ce qu’ils dépensent aujourd’hui dans les moyens de transport aussi dangereux que polluants. Le prix du billet sera de 1,4 dollar, il sera valide toute la journée. Il pourra donc éventuellement être utilisé par plusieurs personnes mais pas simultanément, évidemment. Je ne pense donc pas que le prix sera un frein.”

Le prêt prévoit un remboursement sur 30 ans mais le capital n’est remboursable qu’à partir de la 9e année. “Cela veut donc dire que nous avons 8 ans devant nous. Les trois premières années seront des années d’investissements pendant la construction du dépôt et des premiers axes. À partir de la 3e année, nous serons en exploitation. L’État congolais a demandé que Prefarail soit associé à la gestion durant toute la durée du prêt. Une sorte de garantie supplémentaire pour les deux parties”, explique encore le directeur développement qui a prévu de s’installer à Kin pendant 5 ans.

“Il faut reconnaître que ce type de montage est utopiste chez nous. Mais si vous regardez des sociétés de transport en commun dans des environnements semblables, vous constatez que c’est tout à fait faisable”, poursuit Joseph Rode, le DG. “Il ne faut donc pas comparer la situation avec Paris ou Bruxelles mais bien avec des villes comme Manille ou Kualalumpur. Ici, les trams sont bien garnis pendant les heures de pointe, soit, au maximum, deux fois trois heures par jour. Là-bas, c’est bondé toute la journée. L’équation est donc différente, les seuils de rentabilité aussi.”

H. Le.