Hugo Cabret. Un conte pour enfant qui rend hommage aux débuts du cinéma

SCORSESE RÉSUMÉ. Hugo passe ses journées dans une gare, à en remonter les horloges comme lui a appris son oncle ou à voler des rouages dans un magasin de jouets afin de réparer un automate qui écrit. Dans l’espoir qu’il lui délivrera un message posthume de son papa.

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NOTRE AVIS. Pour la toute première fois, Martin Scorsese adapte un conte pour enfants. Ce qui se comprend aisément lorsqu’on sait que L’invention d’Hugo Cabret, de Brian Selznick, renvoie aux premiers pas du cinéma et aux chefs-d’œuvre de George Méliès en particulier. Tout en créant un univers poétique dans le Paris des années 30, cela lui permet de rendre hommage, pêle-mêle, à Charlie Chaplin, Buster Keaton, les frères Lumière, Robin des Bois de Douglas Fairbank, Harold Lloyd ou tous les grands du burlesque.

À sa manière, il applique la formule de Méliès : “Le cinéma, c’est inventer le rêve”. Il le fait avec un brio magistral et une utilisation sublime de la 3D. Toutes les séquences sont filmées dans la profondeur, pour donner une sensation d’espace, avec des avant-plans et des mouvements vers l’avant qui semblent ne jamais s’achever. Plus étonnant : ses gros plans sortent complètement de l’écran pour donner aux visages, notamment celui du gendarme lorsqu’il évoque la gueule de son chien, un aspect grotesque et un peu effrayant en même temps.

Le travail des couleurs, avant tout dans le bleu et l’orange, achève de rendre cette reconstitution du gai Paris visuellement fascinante. On peut alors se laisser emporter dans cette œuvre hors du temps, pour découvrir toute la magie des balbutiements du 7e art, rire des trouvailles vieilles comme la pellicule (le renouvellement de la scène mythique qui voit Buster Keaton accroché aux aiguilles d’une très haute horloge) ou s’émouvoir devant le charme des féeries colorisées de Méliès. Cela paraît impensable mais, oui, c’est réellement touchant.

Seul problème : ce petit bijou, plutôt lent, risque d’éprouver quelques difficultés à fasciner autant les enfants, à qui il est en principe destiné, que les cinéphiles… qui seront peut-être rebutés à la base par la forme du conte. Un conseil : allez-y en famille. Il serait étonnant qu’à la sortie, personne n’ait envie de tourner son petit film familial avec trois bouts de ficelle et beaucoup d’imagination. Vous verrez, c’est amusant de rêver avec Méliès.

Patrick Laurent

Hugo Cabret

Aventure cinéphilique

Réalisé par Martin Scorsese

Avec Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield, Chloe Moretz, Jude Law, Johnny Depp

Durée 2h07

Martin Scorsese rend un superbe hommage aux pionniers du cinéma via ce conte pour enfants. REPORTERS