À 73 ans, Bartolomé, l'artisan cordonnier d'Ixelles, manie l'art, de plus en plus rare, de réparer les chaussures

IXELLES "Les jeunes ne veulent plus se salir les mains", soupire Bartolomé Gordillo Cabezas, 73 ans, du fond de son atelier du 11, rue de l'Athénée, à Ixelles. "Mes clients pleurent déjà à l'idée que je ferme bientôt boutique. Ils n'auront plus nulle part où aller..."

Établi dans le quartier Saint-Boniface depuis plus de trente ans, c'est avec un soupçon de magie et un soupir de nostalgie que le cordonnier de l'Athénée répare, attache, cloue, ficelle et martèle le cuir et les semelles des chaussures du tout-Bruxelles. Discret, timide et surtout très talentueux, Bartolomé officie derrière son établi de bois dans un quartier qui, pour lui, a bel et bien perdu de sa superbe ces dernières années : "Je suis l'un des plus anciens à m'être installé ici", raconte-t-il. "Ce quartier, avant, c'était un vrai bijou. Aujourd'hui, les jeunes cassent les voitures et font du bruit..."

Parti d'Espagne pour fuir le régime de Franco à 20 ans à peine, et arrivé en Belgique, Bartolomé Gordillo Cabezas avait déjà appris son art. La cordonnerie, il la connaît depuis ses 11 ans. Et pourtant. Comme la majorité d'émigrés de chez nous, il est envoyé à la mine. "Je suis resté cinq ans au fond", confie-t-il. "Puis j'en suis sorti. Je suis venu à Bruxelles, où j'ai repris la cordonnerie. C'est mon métier ! Mais c'est beaucoup de travail pour pas grand-chose..."

Et pour cause. Bartolomé touche une petite pension d'environ 100 € pour avoir travaillé dans la mine pendant cinq ans. En tout, sa pension lui rapporte aujourd'hui à peine 1.000 €, pour lui et son épouse. "Je suis obligé de continuer mon activité de cordonnier", avoue-t-il. "Sans ça, je ne sais pas vivre..."

Et notre cordonnier sait tout faire. Sous l'oeil bienveillant de Chirac, son perroquet bavard et impoli ("Bonjour", "Cochon" et" Voyou", fait partie de son vocabulaire préféré, craché du fond de sa cage), l'artisan jongle entre outils, morceaux de caoutchouc et clous minuscules pour ratttraper sacs, tirettes, talons, semelles et même... des selles. Rare, dites-vous ?

Ludivine NolfInfos : rue de l'Athénée, 11, à 1050 Ixelles.

Son art est aussi beau que son nom : Bartolomé Gordillo Cabezas est l'un des artisans cordonniers les plus anciens de Bruxelles. Timide, discret et talentueux, son art tient presque de la magie... (pirard)