Auteur de tant d’opus, le linguiste a pris son pied en compilant le langage sautillant de l’érotisme, épicé à la sauce Audiard

DÉLECTATION IXELLES “Ma limite fut de ne pas aller jusqu’à la scatologie…”

Amoureux frénétique de la métaphore et de ses écarts pourvu qu’ils fussent drôles, Georges Lebouc, exquis septuagénaire français que le brusseleir enivre, vient de s’offrir une extase d’auteur et de lecteur.

Osons-le crûment : des burnes, il en fallait pour se lancer dans l’aventure du sexe à la Audiard, à la Alphonse Boudart. Dame ! Les tyrolienne, tarte aux poils, fifre à breloques, avoir le bouton tapageur, travailler le joyeux ou sucer la praline, tout le monde n’aurait pas mis la main dessus. Et d’une ! Et puis, publier cette floraison imagée, cet hommage au parler populo, après l’avoir passé à la moulinette relevait un rien de la gageure. Et de deux !

L’expérience, bien sûr , a joué dans la sélection, succulente, osée parfois, rieuse toujours. “Il y a quatre ans, j’avais sorti un Dictionnaire érotique de la francophonie”, se délecte notre homme. “Des dicos érotiques, il y en a autant qu’on veut. Mais sur l’argot, les argots, langues constamment renouvelées…”

Georges Lebouc, c’est une encyclo à lui tout seul. Toujours un bouquin sous le coude; toujours des anecdotes, des finesses de la langue, parlée ou écrite, en pagaille. Telle celle-là, gaiement brandie pour conter l’histoire, “tordue”, de la souris galeuse :

“L’expression brebis galeuse remonte à la bible. C’est le point de départ. Durant la Deuxième guerre mondiale, il y eut les souris grises, ces Allemandes habillées d’un uniforme gris. La fusion des deux naîtra lors de la traite des blanches, aux fins de désigner ces dames qui se refusaient audit trafic.”

L’exemple se suffit à lui-même. Et atteste, à satiété, de “l’évolution perpétuelle” de ces inventions “d’initiés”, soucieux de n’être compris que par un cercle restreint, comme du gigantesque brassage que suppose la disparition constante d’expressions au profit d’autres. Détail : le fin lettré les a immortalisées.

G. Be

en savoir plus Dictionnaire érotique de l’argot 16,95 €, www.avantpropos.eu

L’ami Georges chantre émérite et réputé de cette bruxellitude tant aimée, tant contée.didier bauweraerts