CITÉ DU VATICAN C'est seulement en 1904 que, dans une constitution pontificale relative au droit du conclave, le Vatican condamna le veto d'exclusive, comme «toute autre forme d'ingérence, d'intervention et d'intercession que n'importe quelle couronne, nation ou gouvernement, sous quelque prétexte que ce soit, pourrait vouloir exercer à l'avenir lors de l'élection du chef suprême de l'Eglise».

Jusqu'à cette date, en effet, les grandes puissances comme l'empire germanique, l'Autriche-Hongrie, la France ou l'Espagne avaient pris l'habitude de faire pression sur le conclave réuni pour élire un nouveau pape, afin d'écarter un candidat qui ne leur serait pas favorable ou soutenir le leur.

La dernière fois que cela s'était passé, c'était en 1903, au conclave qui avait élu le patriarche de Venise, le cardinal Guiseppe Sarto, sous le nom de Pie X. L'Autriche-Hongrie avait posé son veto contre la candidature du cardinal Mario Rampolla. La déclaration du veto impérial avait été lue au 2e jour du conclave, le dimanche 2 août 1903, par le cardinal archevêque de Cracovie Jan Puzyna. L'empereur François-Joseph «entendait user d'un droit et d'un privilège anciens» pour s'opposer à l'éventuelle élection de l'ancien secrétaire d'Etat de Léon XIII. On le sait aujourd'hui, ce veto n'eut pas d'incidence directe sur le déroulement du scrutin.

La nouvelle de l'ingérence autrichienne suscita une vive émotion, y compris dans les milieux libéraux et non catholiques où on blâmait l'attitude de Vienne. Mis ainsi au banc des accusés, le gouvernement autrichien chercha à minimiser la portée de cette intervention qui, dit son ministre des Affaires étrangères, avait «plus le caractère d'un désir et d'un avertissement» que d'une véritable sommation.

Celui qui n'était alors qu' un petit monsignore de la curie, Eugenio Pacelli, fut chargé d'étudier et de mettre au point les dispositions pour éviter à l'avenir ce genre d'interférence. Celui qui, quelques années plus tard, allait devenir Pie XII conclut que si cette pratique pouvait se comprendre lorsque le pape était aussi souverain temporel, il n'y avait aucune raison de la maintenir puisque la mission du souverain pontife était désormais uniquement spirituelle.

Son raisonnement fut accepté par les cardinaux de la congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires qui donnèrent leur assentiment au projet d'interdiction du droit de veto. Depuis lors, on ne connaît pas d'exemple de manoeuvre de ce genre, du moins par les voies officielles...

© La Dernière Heure 2005