Les femmes du bus 678

Un coup de poing dans les consciences malgré la naïveté du récit

Histoire vraie

Réalisé par MOHAMMED DIAB

Avec NAHEB EL SEBAI, NELLY KARIMET BOUSHRA

Durée 1h40

égypte, aujourd’hui. Face au harcèlement sexuel, officiellement inexistant dans le pays, trois femmes du Caire apportent des réponses totalement différentes. Seba s’est séparée de son mari, choquée qu’il ne pense qu’à lui et à sa réputation lorsqu’elle fut quasiment violée en public. Désormais, elle apprend aux femmes à se défendre avec leurs armes. Nelly a porté plainte, pour la première fois dans l’histoire du pays, contre l’avis de toute sa famille. Quant à Fayza, lasse de se faire peloter dans le bus alors qu’elle fait tout pour passer inaperçue sous son voile, c’est à coups de canif dans l’entrejambe qu’elle sanctionne ses agresseurs. Cela provoque un mouvement de panique : dès lors, les bus sont nettement moins fréquentés par les hommes.

Film militant inspiré d’histoires vraies, Les femmes du bus 678 tient plus du coup de poing dans les consciences que du divertissement habilement construit. Avec les défauts de ses qualités, à savoir la naïveté, des personnages parfois un peu trop symboliques et une multiplication de situations confuses. Et pourtant, en dépit d’une mise en scène brouillonne, on se laisse embarquer par la force des discours et le cauchemar quotidien vécu par tant de femmes. Et pas seulement en Égypte. En ruant dans les brancards, en risquant tout au nom de leurs droits trop souvent bafoués, les trois héroïnes ordinaires du film mènent le plus beau combat qui soit, celui pour la dignité. P. L.

A royal affair

Ours d’argent du meilleur scénario au Festival de Berlin

Historique

Réalisé par NIKOLAJ ARCEL

Avec MADS MIKKELSEN, ALICIA VICKANDER.

Durée 2h17

histoire vraie. Alors qu’une grande partie de l’Europe est influencée par la pensée des Lumières, le Danemark vit toujours sous la coupe d’une petite élite très attachée à ses privilèges financiers et d’une poignée d’extrémistes religieux. Le roi Christian VII, grand ado attardé à la personnalité effacée, n’y change strictement rien. Jusqu’à l’engagement d’un docteur réformateur très influencé par Voltaire, Johann Friedrich Struensee. Avec subtilité, il introduit des réformes de plus en plus audacieuses, comme l’abolition du servage et de la torture, ou encore l’instauration de la vaccination pour tous et pas seulement pour les nantis. Et cela plaît énormément à la reine Caroline, qui se rapproche de plus en plus du médecin-philosophe.

Sur papier, ce scénario paraît ennuyeux. Et pourtant, à l’écran, il fonctionne tout à fait. Par la grâce d’interprètes épatants prêts à briser toutes les conventions en douceur, sans avoir l’air d’y toucher. Petit à petit, Struensee devient l’homme fort du Danemark, à la limite du despote éclairé, l’équivalent d’un roi sans couronne. Une position extraordinaire et dangereuse à la fois, tant ses ennemis sont puissants et peu ouverts à ses réformes sociales. À travers cette histoire vraie, le cinéaste Nikolaj Arcel s’interroge sur le courage politique, le danger d’avoir raison avant tout le monde, la difficulté de faire évoluer une société. Autant de questions qui restent d’actualité. P. L.