ERT, la RTBF de Grèce, n’a plus le droit d’émettre. Peuple, journalistes, démocrates et télévisions du monde entier s’insurgent

TÉLÉVISION PUBLIQUEGRÈCE L’image des petites lucarnes grecques sera donc restée, à 23 h 11 ce mardi, désespérément bloquée sur No Signal !, sur les canaux d’ERT, la chaîne publique hellénique. Sur ordre du gouvernement du Premier ministre conservateur Samaras, la police venait de couper sans préavis, et manifestement en toute illégalité, l’émetteur principal d’Athènes, et par la même occasion toute éventuelle protestation et refus de rendre l’antenne (et l’avenir ?) des 2.656 employés de la chaîne publique.

Un geste antidémocratique, de défiance, aussi cavalier que choquant, et devant lequel le berceau de la démocratie devra rougir, pour la postérité. Un geste bien trop violent pour les journalistes, les employés, les téléspectateurs des chaînes publiques grecques, réputées pour leur expertise, la qualité de leurs documentaires et leur couverture de la culture, malgré la médiocrité de leur part de marché – moins de 10 %; à titre de comparaison, les trois canaux de la RTBF flirtent avec les 25 % de PDM en Belgique francophone.

Pourquoi ? Pourquoi un tel affront ? Déjà, il convient d’expliquer que ce coup d’État a largement divisé le gouvernement grec. Deux des trois partis de la coalition de Samaras (le socialiste Pasok et le Dimar, de gauche modérée) ont désapprouvé la fermeture. Mais ordre a néanmoins été donné de couper les émetteurs. Pour quelle raison ? Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, avance officiellement “l’absence de transparence” et les “dépenses incroyables” d’ERT, auquel le gouvernement s’est fait fort de mettre fin.

Si ERT est effectivement l’un des témoins de la mauvaise gestion totale d’un service public grec, et que les gabegies y sont légion, elle reste néanmoins un symbole fort pour le peuple grec et la démocratie. Il a certes assuré que ce service public, où les grèves se multipliaient ces derniers mois pour s’opposer aux plans de restructuration, rouvrirait sous une autre forme (avec un nombre réduit de salariés) et que la mesure n’était donc que provisoire, mais, comme l’a signalé avec emphase le compositeur Dimitris Papadimitrio, “rien n’est aussi permanent que le provisoire en Grèce”.

L’agenda joue également un rôle dans ce coup de force cathodique : il a eu lieu au moment où les chefs de file de la troïka des créanciers de la Grèce (l’Union européenne, la Banque Centrale et le Fonds monétaire international) sont à Athènes…

Hier midi, un projet de loi sur la nouvelle radio, Internet et télévision grecque a été déposé au secrétariat du gouvernement.

Solidarité En guise de protestation, outre les syndicats de la chaîne soutenus par des milliers d’anonymes d’un peuple déjà pressé comme un citron qui vient de se faire en prime voler son droit à l’information, les instances internationales se sont rapidement mobilisées. L’Union européenne de radio-télévision en pole (lire ci-contre), l’UE plus mollement, en “prenant acte” et en “se réjouissant du dépôt d’un projet de loi pour le nouveau service public audiovisuel”. Enfin, plusieurs chaînes de télévision (dont Télé Bruxelles) ont troqué leur logo, à l’antenne, par un logo ERT Solidarité. Arte, elle, diffusera carrément sur son site web son JT en grec, en guise de soutien. Pendant ce temps, presque clandestinement, ERT continue à diffuser des émissions via Internet (www.ert.gr) ou le canal analogique d’une TV locale du parti communiste grec KKE. Une manifestation organisée par l’AJPB aura lieu ce matin à Bruxelles.

“Ils ne veulent plus rien dans le public, les hôpitaux, les écoles, tout s’en va, ce sont des barbares”, lâche Thérèse Alatsi, enseignante de français à la retraite, venue soutenir le personnel d’ERT…

Alexis Carantonis