Erdogan se justifie devant 100.000 partisans, l’Allemagne réagit et… les manifestants prennent des coups

CONTESTATIONTURQUIE Chaque jour semble apporter son lot de mauvaises nouvelles pour les manifestants de la place Taksim, pour ne citer que le berceau de la contestation turque. Hier, devant 100.000 partisans, le Premier ministre Tayyip Recep Erdogan s’est fait fort de justifier l’assaut de la veille.

“Il faut briser les mains qui s’en prennent à la police”, “le peuple est ici, où sont les vandales ?”, scandent les supporters de l’AKP, ponctuant leurs slogans de “Dieu est grand”. Parmi eux, surtout des hommes, mais pas seulement.

“Nous allons à ce meeting pour montrer l’unité du pays. Vous verrez, nous serons un million et il n’y aura pas un seul incident. Là-bas (autour de la place Taksim), ils sont 5.000 et c’est la violence”, dit un quadragénaire originaire de Rize, comme le Premier ministre.

De leur côté, les manifestants – des terroristes, selon les termes du chef du gouvernement – pansent leurs plaies. Du moins essaient. Samedi, une fois encore, les services de police ont pris d’assaut le noyau dur de la contestation. Cette attaque est survenue deux heures après la fin de l’ultimatum de 24 heures posé par Erdogan.

“Ils sont entrés de force, avec beaucoup de gaz. Ils nous ont frappés, même les femmes”, a raconté un des manifestants, Ader Tefiq. “J’étais à l’intérieur de la tente hôpital, ils ont lancé des grenades lacrymogènes et des dizaines de policiers sont entrés”, a rapporté de son côté Elif, une thérapeute de 45 ans.

Durant une bonne partie de la nuit, Istanbul a vécu au rythme d’affrontements sporadiques. Dans les rues, les contestataires ont été poursuivis et chassés jusque dans les hôtels où ils se réfugiaient.

Outre les lacrymogènes et les autopompes, des témoins ont raconté sur les réseaux sociaux que la police aurait ajouté des produits chimiques dans l’eau projetée sur les manifestants turcs.

Jusqu’ici, le bilan officiel de cette fronde entamée il y a plus de deux semaines fait état de quatre morts et 7.500 blessés, au moins.

Le collectif Solidarité Taksim a condamné l’opération, qui “a transformé le parc Gezi, Istanbul et le pays en zone de guerre”. “Cette attaque brutale de la police doit s’arrêter. Le parti au pouvoir sera tenu pour responsable des événements”, a-t-il ajouté.

De fait, l’Allemagne, par la voix du porte-parole de son gouvernement, a tenu à rappeler le droit qu’ont les Turcs de manifester. “Le gouvernement turc envoie par son comportement regrettable des signaux totalement mauvais, d’une part, en direction de son propre pays et, d’autre part, en direction du monde entier, et aussi, vers nous l’Europe”, a dit de son côté le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle.

En attendant, sur place, la Turquie semble accentuer sa division. D’une part, une jeunesse en mal de liberté; d’autre part, ceux dont le souvenir d’années de violences et de peur reste vivace.

J.-B. M.