Un conseil : Ne lisez pas les réponses de Chloë Moretz si vous passez à table ! Votre steak pourrait avoir du mal à transiter par le tube digestif ! C’est Carri-ment glauque !

Pour beaucoup de cinéastes et d’amateurs de sensations fortes Carrie du réalisateur Brian de Palma est un des films les plus horrifiants. Rappelons qu’il s’agit également d’un roman éponyme de Stephen King qui nous conte l’histoire d’une ado victime de harcèlement à l’école. Jusqu’au jour où cette dernière découvre qu’elle possède un pouvoir télékinétique capable de tout détruire.

Y compris ceux et celles qui se sont moqués d’elle. Pour ce remake particulièrement attendu, Chloë Moretz s’est confiée à nous...

Plus de 35 ans après Sissi Spacek, vous incarnez à votre tour cette furie. Vous vous souvenez de la première fois que vous avez vu cette production qui fait froid dans le dos ?

“Je devais avoir 11 ou 12 ans. Je sais, c’est jeune ! Je me souviens que des adultes n’avaient pas cessé de me dire : “Attention, tu n’as pas l’âge ! Ce n’est pas un film pour toi !”. Reste que moi, j’ai adoré ! (rires). Le film, bien entendu. Mais surtout la prestation de Sissi. Quelques années plus tard, j’étais loin de m’imaginer que l’on me confierait ce rôle qui fit d’elle une star. Lorsqu’on m’a proposé ce personnage, je venais juste d’avoir 15 ans. Je me revois passer une sorte d’audition devant des responsables des studios MGM. Ces derniers m’ont tout de suite donné le cahier des charges. Il fallait construire Carrie, lui donner une âme, une réalité tangible…”

On raconte justement que vous seriez passée par un process très traumatisant pour une ado ?

“J’ai passé une première audition ! Cela a duré quatre heures ! On m’a demandé de pousser des cris, de bouger comme une malade et de faire des gros yeux, etc. pour finalement me dire que j’étais trop jeune pour jouer Carrie. Pas assez comme ci ou comme ça. Trop comme ci ou trop comme ça. Pas assez ressemblante par exemple ou trop jolie par rapport au descriptif fait par Stephen King dans son livre. J’ai donc écrit une soixantaine de notes en lisant le bouquin et pendant quatre heures j’ai démontré point par point que je partageais beaucoup de similitudes avec ce personnage. Bref, j’ai argumenté à mort ! Et çà a marché !”

Et alors…

“Et alors… quelques jours après on m’a quand même demandé de repasser une audition et là même topo. Pendant cinq heures, on m’a décortiqué, questionné, psychanalysé !”

Et puis, bien plus tard, il y a eu cette fameuse scène à tourner, cette scène mythique où l’on voit Carrie se prendre des giclées de sang venues de toutes les victimes qu’elle a réduit en purée. Racontez-vous…

“Nous avions dû faire préalablement une trentaine de tests de sang. De l’hémoglobine synthétique, je vous rassure. Vous aviez des étiquettes collées sur des pots. On pouvait lire “sang à consistance réelle”, “sang gluant”, “sang avec morceaux de poumon”, “sang collant”, “sang liquide”, “sang plus rouge”, “sang frais”, “sang séché”, “sang venant du cœur”, “sang de poumons”, etc. En fonction des scènes nous choisissions le sang qui correspondait le mieux, qui rendait le mieux !”

Un exemple ?

“Justement dans la scène du bain de sang durant le Prom Night – le bal de promotion de fin d’année donné à l’école – il fallait un sang qui se projette bien, qui dégouline juste ce qu’il faut et qui ne fasse pas trop de bruit quand il touchait quelque chose ! D’autant que pour cette scène qui impliquait beaucoup de figurants et de techniciens nous n’avions qu’une prise. Pour ne pas la rater, nous nous sommes donc assurés de mettre toutes les chances de notre côté. Nous avons commencé par louer deux caméras supplémentaires histoire de pouvoir filmer sous différents angles ! On me voit notamment au milieu avec ma jolie robe de Prom avec une cinquantaine d’élèves souriant, tapant des mains et puis soudain je reçois des litres de faux sang sur le visage et sur le corps !”

Et ça fait quel effet ?

“C’est froid ! Vachement froid même ! Et puis la caméra tourne et pendant cinq bonnes minutes vous devez laisser ce sang dégouliner sur vous sans trop bouger ! Après cette scène, je me revois retourner dans mon trailer.”

Pour vous épongez ?

“Oui ! Mais pas seulement ! J’ai commencé à pleurer !”

Pour quelles raisons ?

“Ma mère m’attendait dans mon trailer. Quand j’ai commencé à chialer elle m’a demandé pourquoi je réagissais comme ça. Je lui ai répondu que ce n’était pas tant me prendre des sceaux de sang en pleine face qui me traumatisait, non c’était plutôt le fait d’être seul à ce moment précis pour encaisser ça. Je me sentais comme une idiote devant ces gens ! C’est le principe de la tarte à la crème ! Cela dit, je pense que j’étais mieux lotie que Sissi. Dans le Carrie de 1976 ce sont des seaux de sang de porc véritable qu’elle se prenait en pleine face et il paraît que l’odeur était pestilentielle en plus !”

Votre peau est aussi de plus en plus rose dans le film. J’imagine que le maquillage ne devait pas non plus être une partie de plaisir ?

“C’était un long processus car je devais être constamment recouverte de blessures, griffures, ecchymoses ou de sang. Les make up artistes avançaient par étapes successives. Parfois cela prenait des plombes !”

Quelle est votre propre relation avec le sang d’ailleurs ?

“Depuis que j’ai tourné dans Laisse moi entrer, un film dans lequel j’incarnais un vampire de 12 ans, le sang j’en ai vu couler. Je suis donc “vaccinée” de ce côté-là ! Et puis question sang, j’ai aussi donné avec Dark Shadow de Tim Burton ! Généralement, quand je me blesse et que je vois mon sang couler, je le lèche et je me soigne ! Mais lorsqu’il s’agit du sang de quelqu’un que j’aime qui coule, c’est différent ! Tenez, un exemple, l’autre jour ma mère s’est coupé assez profondément le doigt. Il y avait du sang partout et j’ai fini par tourner de l’œil !”

Vous avez déjà vécu des humiliations à l’école ?

“Quand vous sortez avec des garçons, c’est parfois un peu compliqué car ils sont d’une telle immaturité. Je sais de quoi je parle. J’ai grandi avec quatre frères à la maison. Ce n’est pas évident de les décrypter. De comprendre comment ils fonctionnent dans leur tête et surtout de comprendre pourquoi ils trouvent leur bonheur en emmerdant systématiquement les filles ! (rires)”

On se demandait soit dit en passant si vous dormiez bien la nuit ?

“Mon dernier cauchemar n’a rien à voir avec Carrie. Je suis dans un avion. Et soudain, l’avion décroche. Par le hublot, je vois le sol s’approcher dangereusement. À quelques centimètres du plancher des vaches, je me suis réveillée. Je ne vous raconte pas dans quel état !”

Frank Rousseau