Paradis : amour. Un film hautement polémique sur l’échange d’amour africain contre de l’argent européen

DRAME PARADIS : AMOUR RÉSUMÉ. Elle a longtemps hésité, Teresa, avant de quitter sa petite maison autrichienne bien rangée avant de s’offrir quelques semaines de détente au soleil du Kenya. Sortir de ses petites habitudes et de son mode de vie bien réglé ne la tente pas tant que ça. Et de fait, sur place, tout la déroute. À commencer par ce que lui racontent d’autres touristes aussi âgées et rondelettes qu’elle. Qui s’offrent des nuits enflammées avec des hommes jeunes, magnifiques, prêts à assouvir leurs moindres désirs contre quelques euros. Teresa pense même avoir plus de chance que les autres : après une expérience malheureuse avec un jeune Kenyan trop intéressé par son portefeuille, Munga se révèle non seulement un amant exceptionnel, mais, en plus, il est follement amoureux d’elle. Du moins le croit-elle, jusqu’à ce qu’il lui réclame toujours plus d’argent.

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NOTRE AVIS. Voilà un film dont on ne sort pas indemne. Ulrich Seidl ne se contente pas de montrer que le tourisme sexuel ne se décline pas qu’au masculin. Il en montre toutes les dérives. Et tous les comportements néocolonialistes qui peuvent en découler. Et c’est franchement choquant.

Lorsque Teresa se rend compte que l’amour qu’elle espère à chaque fois rencontrer n’est en fait qu’une monnaie d’échange contre des espèces sonnantes et trébuchantes, son comportement se durcit et ses envies de vengeance prennent la forme des pires humiliations. Comme celles subies par un simple gardien de l’hôtel où elle réside, obligé de faire un strip-tease pour elle et ses amies, avant d’être jeté dehors comme un malpropre en raison de son peu d’enthousiasme sexuel… alors qu’il ne voulait coucher avec aucune d’elles.

Loin de juger ces femmes qui profitent de leur aisance financière pour recourir à une forme à peine déguisée de prostitution, Ulrich Seidl pose des questions troublantes à travers des séquences volontairement dérangeantes. Est-ce que n’importe quelle personne, d’apparence respectable et rangée, pourrait se transformer en tortionnaire par frustration, notamment sexuelle ? Est-ce que l’argent donne tous les droits ? Qui est le plus critiquable : celui qui fait croire à des sentiments sincères pour gagner de l’argent et faire vivre son épouse et ses enfants ou celle qui estime mériter respect et amour en raison de tout ce qu’elle paie ? Et que ferait-on à la place des uns et des autres ?

Même s’il se révèle bien trop long, ce film emmené par une extraordinaire Margarete Tiesel débouche sur de nombreux problèmes de conscience qui pourraient rendre plus humain. Coup de poing à l’âme garanti.

Patrick Laurent

Paradis : amour

Drame

Réalisé par Ulrich Seidl

Avec Margarete Tiesel et Peter Kazungu

Durée 2 h

Cette plongée dans le tourisme sexuel et les humiliations met régulièrement mal à l’aise. DR