Psychologue du sport réputé, Philippe Godin évoque la complexité des athlètes : il n’y a pas que le physique qui compte

Directeur du service de psychologie du sport de l’UCL, le Professeur Philippe Godin suit de nombreux sportifs de haut niveau. Des cyclistes, mais aussi les frères Borlée, par exemple. Il connaît bien la complexité des athlètes.

Professeur, comment expliquer une telle différence de niveau entre le Bradley Wiggins 2012 et celui de 2013. Outre d’éventuelles causes physiques ou de malchance, un relâchement mental pour un athlète qui a réussi tous ses objectifs une année est-il possible ?

“Un cas n’est pas l’autre, mais il est évident que le mental et le physique vont jouer l’un sur l’autre. De nombreux facteurs peuvent jouer et diminuer les capacités d’un athlète. Un entraînement inadéquat, un changement d’environnement, mais aussi un contrecoup mental. On parle ici de petites différences, en dixième ou centième de secondes, mais à leur niveau, la différence est énorme. Les préparations des athlètes de haut niveau deviennent aussi de plus en plus pointues, de plus en plus spécifiques (NdlR : dans le cas de Wiggins et de son armada Sky, on parle souvent, même, de préparation scientifique). Or des athlètes qui peuvent suivre un tel programme, il y en a très peu, ils se comptent sur les doigts d’une main. Cette préparation intense peut engendrer une saturation mentale ou physique. L’organisme en vient alors à ne plus réagir assez vite par rapport à ce qui est programmé.”

Wiggins cette année, Gilbert l’an passé; connaissez-vous d’autres exemples ?

“De mémoire, je n’ai pas souvenir de telles fluctuations dans les prestations voici quinze, dix ou cinq ans. Avant, ceux qui marchaient pouvaient rester à un haut niveau assez longtemps. Avec la lutte antidopage qui s’intensifie, on se rapproche aussi de plus en plus d’individus qui restent, disons, normaux, même s’ils ont de grandes capacités physiques, au-dessus de la moyenne. Et quand ils s’entraînent de manière intense, quand ils sortent une grande année, parfois, l’organisme ne récupère plus de la même façon.”

D’un autre côté, et Philippe Gilbert l’a prouvé en devenant champion du monde après un début de saison difficile, en sport, la roue peut vite tourner…

“Exactement. Et je pense qu’il faut relativiser, aussi, la baisse de la performance chez un athlète. Il y a tellement de facteurs qui entrent en jeu. Concernant Philippe Gilbert, je me souviens qu’il avait changé d’équipe (NdlR : avec son transfert de Lotto à BMC). Modifier son environnement, et donc son équilibre, peut influencer la performance d’un sportif. Alors si, en plus, il y a un virus ou un autre facteur qui ralentit la préparation, tout peut se compliquer très vite… Mais, effectivement, la roue peut vite tourner. Comme avec l’exemple de Philippe Gilbert, qui est quand même devenu champion du monde en 2012, après un mauvais début de saison. Ces fluctuations ne font pas plaisir aux sportifs, mais elles démontrent que ce sont bien des gens composés de cellules biologiques !”