Citée en exemple hier matin, sa restauration coûte aujourd’hui quatre fois plus cher qu’il y a dix ans

COMMUNAUTÉS BRUXELLES La sortie du ministre wallonne Jean-Claude Marcourt sur la “déconstruction-reconstruction de la Fédération Wallonie-Bruxelles” a suscité de nombreuses réactions, ce week-end et hier encore. Parmi les plus saisissantes, pointons l’interview du premier intéressé sur les ondes de La Première hier matin : Rudy Demotte, ministre-président de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Répondant – peu – aux questions du journaliste, le socialiste a tout de même mouillé son maillot aux questions des auditeurs. “Il ne faut ni déconsidérer les intérêts de Bruxelles en tant que Région, ni ceux de la Wallonie. Je ne suis donc pas favorable à une forme de repli quelconque”, a-t-il chastement déclamé hier matin.

La suite fut moins glorieuse. Le choix du cinéma Pathé Palace (l’ancien Kladaradatsch, en plein centre de Bruxelles) comme exemple type de l’intérêt francophone pour les affaires bruxelloises nous fait penser que Rudy Demotte ne connaît pas tant que ça les dossiers bruxellois : “Je me souviens d’un débat autour du rachat du Pathé Palace, positionnement que j’assumais avec Hervé Hasquin pour que nous gardions pied ici”, a-t-il dit hier matin. Soit. Mais à quel prix ! Pour nombre de Bruxellois, ce projet constitue l’illustration parfaite de la complexité institutionnelle belge. Acheté 200 millions de francs belges par la Communauté française fin des années 1999-2000 suite à une guéguerre avec un certain Bert Anciaux, ce complexe cinématographique a fait l’objet de nombreux projets de réaménagement.

Le dernier en date (2004) laisse la gestion du site aux frères Dardenne. Un espace d’art et essai francophone en plein cœur de Bruxelles, voici un projet parfait pour défendre les intérêts francophones dans un quartier monopolisé par les néerlandophones…

Sauf que la facture a, entre-temps, dépassé les plafonds initiaux. À l’époque, la Communauté française avait débloqué un budget de 2,5 millions d’euros pour réaliser l’ensemble des travaux. Ouverture prévue pour le mois de décembre 2008. Fin 2005, la facture s’alourdissait de 1,2 million d’euros à cause des exigences de la Commission royale des monuments et sites. Cinq ans – et une nouvelle salle – plus tard, le budget grimpait à 5,4 millions d’euros, financés par la Communauté française et Beliris. À cette époque, les initiés parient sur une ouverture en 2012. Encore raté… même si les membres de l’ASBL gestionnaire du site, Le Palace, parient sur environ 150.000 entrées par an.

Les dernières nouvelles de ce gouffre financier tablent désormais sur un budget de près de 9 millions d’euros. Le financement a été approuvé par la ministre en charge de la Culture Fadila Laanan au mois d’août dernier. Quant à l’inauguration, on table désormais sur 2013. À moins que les Flamands ne fassent une nouvelle offre ?

M. L.

Rudy Demotte a évoqué le projet du Pathé Palace pour marquer l’intérêt wallon dans la capitale. À tort… belga