L'enquête

bordelaise vise

une société belge

BRUXELLES/BORDEAUX Nous l'annoncions hier déjà. Le parquet de Bordeaux s'intéresse aux activités d'un des premiers grands négociants belges en vins et spiritueux, le groupe Geens-Benelux s.a. Encore que peu connu du public, un empire en Belgique! Pas moins de cinq millions de bouteilles de bordeaux importés chaque année. Du vin que le consommateur peut trouver tant chez l'épicier du coin qu'en grandes surfaces! Makro, notamment, est cité. Tous ces vins proviennent de propriétés viticoles modestes regroupées dans plusieurs sociétés. Et c'est l'une d'elles, les Vignobles Rocher Cap de Rive, qui intéresse la justice.

Jeudi passé, une centaine de policiers bordelais et leurs collègues des Douanes et de la Direction de la concurrence et des fraudes - la DCF - perquisitionnaient treize châteaux et domaines viticoles à Bordeaux, en Charente et en Charente maritime, principalement dans le Libournais et le Blayais. Ils recherchaient des preuves.

Au parquet de Bordeaux, la substitute Denis insiste que la justice en est seulement au stade des vérifications préliminaires. Il s'agit de vérifier la provenance et la qualité exacte de vins commercialisés en Benelux sous des appellations aussi différentes que Bordeaux, Montagne-Saint-Emilion, Médoc, Côtes de Bourg. La Section économique et financière - la SEF - soupçonne certaines pratiques viticoles, comme la commercialisation de vins provenant d'assemblages contraires à la législation. Ces vins - produits dans des quantités très limitées - seraient coupés à des cépages moins prestigieux mais revendus à des prix très élevés. Pas de preuve à ce stade. Pas d'inculpation non plus.

Dénégation

On en est à saisir des documents liés à la traçabilité et au transport du vin. A recueillir des témoignages de maîtres de chais, d'employés. A effectuer des prélèvements dont aucun résultat n'est attendu avant des semaines.

A Aarschot, Geens-Benelux réfute. D'abord nous ne sommes pas propriétaires des vignobles perquisitionnés. Clients seulement. Avant d'admettre - comme à regret - l'existence de liens juridiques lointains avec Vignobles Rocher Cap de Rive. Un fait est sûr: on ne monte pas une telle opération de police - plus de cent hommes engagés - sans bases solides. Quelles bases?

Le 2 janvier, les Vignobles Rocher Cap de Rive ont viré une directrice. Faute grave. Suspicions de détournements. Visiblement, la dame licenciée n'est pas partie les mains vides. Tout le problème: comment s'assurer que des révélations certes explosives ne sont pas pures inventions motivées par la vengeance?

Si depuis 25 ans Geens-Benelux est honorablement connu en Belgique, certains ne manquent pas de rappeler assez cruellement que le 8 mars 1975, la Dernière Heure annonçait la condamnation de principe en Cour d'appel à Bruxelles de M. Ferdinand Geens pour avoir vendu de la piquette en prétendant qu'il s'agissait de... Chianti et de Valpolicella.