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Le 9 juin 1993 à Tokyo, la diplomate Masako Owada épousait le prince héritier Naruhito du Japon. Le lendemain à Amman, Rania Al Yassine, jeune palestinienne née au Koweit, diplômée de l’université américaine du Caire s’unissait au prince Abdallah de Jordanie. Vingt ans plus tard, Masako et Rania ont connu des destinées bien différentes, auxquelles elles ne s’attendaient pas. Retour sur deux destins exceptionnels.

MASAKO OWADA

Née le 9 décembre 1963 à Tokyo, Masako Owada est la fille d’un diplomate. Elle passe son enfance à Moscou où son père est en poste. Son éducation cosmopolite en fait une parfaite polyglotte. Outre le japonais, elle maîtrise l’anglais, le français, le russe, l’espagnol et l’allemand.

Diplômée de Harvard en Economie, Masako est alors une brillante jeune femme aux multiples projets professionnels. Elle intègre le ministère des affaires étrangères en 1987. Ses connaissances linguistiques la conduisent à d’importantes réunions diplomatiques.

À la fin des années 80 que Masako rencontre le prince héritier Naruhito du Japon, fils de l’empereur Akihito. Le prince serait immédiatement tombé sous son charme.

Un coup de foudre qui ne semble pas réciproque.

Masako connaît la rigidité de la vie à la Cour impériale et les lourdeurs du protocole fermement géré par l’austère Agence impériale. Le prince s’obstine pour obtenir sa main, lui promettant probablement que l’heure de la modernité a enfin sonné à la Cour.

Après une cérémonie traditionnelle, les mariés traversent les rues de Tokyo, salués par une population sous l’effet d’une Masakomania. Mais ce qui est présenté comme un conte de fées vire rapidement au cauchemar derrière les murs du palais impérial.

Les journées de Masako sont planifiées par l’Agence impériale : étude de la langue de la Cour, poésie, calligraphies,… Les visites à la famille font l’objet de demandes d’autorisation. La pression s’accentue avec l’absence de descendance.

Six ans après son mariage, Masako n’a toujours pas donné l’héritier tant attendu.

En décembre 1999, elle assiste avec Naruhito au mariage de Philippe et Mathilde à Bruxelles.

À son retour à Tokyo, on annonce qu’elle a fait une fausse couche. Elle s’enferme alors de plus en plus dans la solitude malgré l’affection que lui témoigne son époux.

Le 1er décembre 2001, elle met au monde la princesse Aiko mais les attentes d’un héritier mâle ne sont pas rencontrées. Masako sombre dans la dépression. Elle n’accompagne plus le prince en voyage à l’étranger, ses apparitions sont réduites au strict minimum. En 2006, sa belle-sœur la princesse Kiko accouche à 40 ans d’un fils, l’héritier que tous attendaient. La pression est encore plus insoutenable. Kiko princesse et mère modèle est montrée en exemple par l’Agence impériale.

La presse nippone pointe du doigt son incapacité à accomplir des actes officiels alors qu’elle a été vue avec son époux et des amis dans des restaurants français de Tokyo.

Le 29 avril dernier, Masako a effectué son premier déplacement officiel à l’étranger depuis 11 ans pour assister à l’intronisation du roi des Pays-Bas.

Un grand progrès selon les médecins. Signe réel d’une amélioration de son état de dépression chronique ou juste un effort pour accompagner son mari qui depuis 20 ans est son plus fidèle soutien ? Masako, promise à une brillante destinée diplomatique, qui aimait tant les voyages et la découverte des cultures, n’imaginait probablement pas il y a 20 ans qu’épouser l’héritier du trône du chrysanthème, briserait à ce point ses rêves et ses illusions.

RANIA AL YASSINE

Née en 1970 au Koweit, Rania Al Yassine s’installe après l’invasion irakienne au Caire où elle décroche un diplôme en Business Administration. C’est par des amis communs qu’elle rencontre le prince Abdallah de Jordanie, fils du roi Hussein de Jordanie et de la Britannique Antoinette Gardiner.

Le prince qui travaille dans l’armée est le fils aîné du souverain mais n’est pas son héritier. C’est en effet le frère du roi Hussein, le prince Hassan qui est l’héritier du trône. Le mariage est célébré le 10 juin 1993 à Amman. Deux premiers enfants naissent : Hussein et Iman. Le roi Hussein est hospitalisé au Minnesota pour traiter un second cancer. Son frère Hassan gère les affaires à la Cour.

Janvier 1999, Hussein de Jordanie revient triomphalement au pays. Abdallah et Rania avec le reste de la famille sont là pour l’accueillir à l’aéroport. Rania ne peut contenir ses larmes de joie.

Sous la pluie, Hussein parcourt les rues d’Amman sous les vivas de la foule. On le voit fragile mais heureux de cette communion avec son peuple. Hussein se sait condamné par la maladie. Il a souhaité revenir au pays pour mettre de l’ordre dans sa succession.

Son frère Hassan ne s’entend pas avec la reine Noor, quatrième épouse d’Hussein.

Le roi craint qu’à sa mort, sa veuve et les siens ne soient mis à l’écart. Il convoque son frère et lui annonce sa décision de nommer Abdallah prince héritier.

Hussein décède le 7 février 1999. Abdallah lui succède et Rania devient la plus jeune reine du monde. Elle n’a que 28 ans. Rapidement, elle devient le centre d’attention. Elle s’investit beaucoup sur le terrain via ses fondations mais surtout au niveau international.

Habillée par les plus grands couturiers, affichant une silhouette de mannequin, Rania de Jordanie fait la Une partout.

Elle est aux Nations Unies à New York, au forum économique de Davos, en shopping à Paris ou en détente en Sardaigne. On ne voit plus qu’elle. Deux enfants complètent la famille : Salma et Hashem. Mais l’aura dont elle jouit à l’étranger, n’est pas le même en Jordanie.

Au fil du temps, son style trop occidental, ses dépenses vestimentaires, sa grande indépendance vont lui attirer des foudres. Des rumeurs de mésentente circulent, on parle même de divorce. Le Printemps arabe a radicalement modifié le style de la reine Rania. Plus de shopping de luxe en Europe ou de déplacements à répétitions à l’étranger.

Ses sorties internationales se comptent désormais sur les doigts d’une main. Ses visites sont à présent centrées sur le terrain en Jordanie où elle a impulsé le projet Madrasati qui vise à construire et/ou rénover des écoles. Simple jean et veste en toile ont remplacé ses robes chics. En épousant Abdallah de Jordanie, Rania n’était pas destinée à devenir reine. Vingt ans plus tard, la Reine a compris que cultiver la discrétion et faire profil bas, étaient de mise en des temps délicats.

Régine Salens est aussi sur son blog

www.noblesseetroyautes.com