La dame de fer. Un biopic assez classique qui prend tout son sens à la dernière scène

RÉSUMÉ. La dame de fer a rouillé. La quatre-vingtaine déclinante, en proie à de sérieux problèmes de mémoire, Margaret Thatcher passe désormais ses journées à converser avec son mari décédé, à échapper à ses gardes du corps pour faire ses courses, à réclamer son fils parti vivre en Afrique du Sud ou à faire tapisserie dans des réunions mondaines accompagnée de sa fille.

De temps à autre, ses souvenirs la replongent dans son passé politique, les combats qu’elle a menés, l’intransigeance qui l’a propulsée vers son objectif suprême, le pouvoir, mais qui l’en a fait chuter aussi.

(((;;

NOTRE AVIS. Le pouvoir ne fait pas le bonheur. Cette conclusion, qui sert de fil conducteur à sa biographie, Margaret Thatcher ne la tire paradoxalement que lorsqu’elle ne dispose plus de toutes ses facultés mentales. La dame a alors cessé d’être de fer pour s’humaniser. Le film s’arrête sur la tasse de thé qu’elle vient de laver elle-même, alors que cette tâche n’avait suscité que mépris chez elle tout au long de sa vie politique. Elle sait que toutes ses réussites ne pèsent finalement pas bien lourd face au bonheur dont elle n’a pas suffisamment profité.

L’angle d’attaque de ce biopic est original. Au contraire de sa mise en scène. Phyllida Lloyd (la réalisatrice de Mamma Mia !) se contente d’alterner très classiquement les périodes de vieillesse et les flash-back, sans point de vue sur son action ou la portée de ses actes. Tout cela manque de punch, d’audace, de contradiction ou de remise en perspective. On ne ressent ni la fascination qu’elle a exercée dans son pays (elle est restée au pouvoir de 1979 à 1990, record de durée pour un Premier ministre britannique) ni les raisons qui lui ont valu l’hostilité un peu partout dans le monde.

Cette tiédeur dans l’approche contraste furieusement avec la prestation ahurissante de Meryl Streep, méconnaissable (et crédible) en vieille lady et cassante à souhait en première femme Premier ministre du Royaume-Uni. Face aux fantômes de son passé ou dans l’adversité, elle étale toutes les facettes de son talent tout en jouant avec une justesse sidérante. Sa performance mériterait amplement l’Oscar. Elle permet à elle seule de transformer une biographie agréable mais banale en une œuvre marquante aux relents humains. À voir pour cette actrice d’exception.

Patrick Laurent

La dame de fer

Biopic

Réalisé par Phyllida Lloyd

Avec Meryl Streep, Jim Broadbent

Durée 1h45

Voir la video

La ressemblance entre Margaret Thatcher et Meryl Streep est assez impressionnante.Photo News/AP