We need to talk about Kevin. Mais quelle claque !

DRAME RÉSUMÉ. Les rêves d’Eva sont tous rouges, couleur sang. Comme les murs de sa maison censée être blanche. Dans la rue, elle se fait gifler par une inconnue. Et personne ne veut lui confier de travail. Le malaise est patent. Suit alors une succession de flash-back. Dès la naissance de Kevin, la vie d’Eva a tourné au cauchemar. En sa présence, l’enfant n’arrêtait pas de pleurer.

Pour ne plus l’entendre, elle amenait la poussette près des marteaux piqueurs. La venue d’une petite sœur n’a rien amélioré. Kevin lui en fait voir de toutes les couleurs, fait ses besoins n’importe où tout le temps, porte des couches-culottes à 8 ans, saccage la pièce sanctuaire de sa maman, commet des actes ignobles et joue la division entre ses parents en jouant le fils modèle près de son père et l’insupportable gamin auprès de sa mère. Et, comme on le devine dès le départ, ado, les choses ne s’arrangent pas. Bien au contraire.

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NOTRE AVIS. Attendez-vous à prendre une claque. Solide. Qui dévisse la tête et les idées préconçues, rose bonbon, sur les relations mère-fils. C’est de l’anti-Disney, de l’anti-Hollywood d’une cruauté et d’une intelligence sidérantes. Par l’utilisation magistrale des retours en arrière incessants, Lynne Ramsay apporte de nouveaux éclairages sur le présent, pour offrir une mosaïque de facettes d’un fils en mal de repères parentaux, de limites fixées par une structure familiale trop lâche. Plus intéressant encore : quelles que soient les atrocités commises par son fils, Eva ne peut s’empêcher de l’aimer. Même quand elle le déteste pour ce qu’il a fait. Il reste le sang de son sang. Et elle se sent coupable de n’avoir pu le recadrer quand il en était encore temps.

Aucune complaisance n’est donc de mise dans cet ouvrage qui glace le sang, truffé de confrontations terrifiantes, de remarques inacceptables pour n’importe quel parent. Les jugements moraux ne sont pas non plus de mise : ne pas soutenir son enfant, même lorsqu’il agit monstrueusement, est presque contre nature. Ce que rendent très bien les extraordinaires Tsilla Chelton et Ezra Miller.

Étrangement oublié du palmarès cannois, We need to talk about Kevin est sans doute l’un des films les plus indispensables de l’année. Mais il vaut mieux ne pas l’aborder en ayant déjà des idées sombres en tête ou le moral dans les chaussettes : on ne sort pas indemne de cette plongée dans les tréfonds les plus noirs de la nature humaine.

Patrick Laurent

We need to talk about Kevin

Drame

Réalisé par Lynne Ramsay

Avec Tilda Swinton, Ezra Miller, John C. Reilly

Durée 1h50

Qui est coupable du fait que Kevin se comporte comme un véritable monstre ?D.R.