Le passé. Le réalisateur d’Une séparation, Asghar Farhadi, approche la famille recomposée avec une sensibilité et une justesse remarquables

Résumé. De retour en France pour signer les papiers de divorce, Ahmad constate que tout a changé durant les quatre années passées en Iran. Marie a un nouvel homme dans sa vie, Samir. Que sa fille Lucie déteste. Amené par Marie à découvrir le pourquoi de cette haine, Ahmad apprend qu’elle est persuadée que la nouvelle histoire d’amour de sa maman est à l’origine de la tentative de suicide de la femme de Samir, dans un coma irréversible depuis de nombreux mois.

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Notre avis. Pour son premier film en français, le réalisateur du formidable Une séparation reste dans une thématique assez proche en s’intéressant aux familles recomposées et aux couples forcément séparés qui les précédaient. Mais aussi aux traumatismes, petits et grands, qui ont affecté les intéressés et, indirectement, leurs proches. Le poids du passé, aussi bien le sien que celui des autres, peut être terriblement lourd à porter et destructeur, y compris pour un amour naissant.

Cette thématique a tout pour être rébarbative. Et pesante. Sauf traitée par Asghar Farhadi. Seul l’humain l’intéresse. Avec sa richesse, sa magnifique complexité, ses moments de tendresse ou de colère. Contrairement à Terrence Malick, aveuglé par le message à faire passer, le réalisateur iranien de 41 ans ne se sert de l’histoire que comme prétexte pour entrer dans l’intimité d’une famille multiculturelle confrontée aux mêmes problèmes que nous tous, à savoir la difficulté de gérer harmonieusement les relations amoureuses, parentales ou professionnelles tout en continuant à exister individuellement.

Impossible de ne pas être touché par la peur de Lucie que sa maman connaisse une nouvelle déception sentimentale, par les incompréhensions de Marie face au comportement de son ado, par les doutes de Samir qui se sent menacé par le retour de l’ex-mari, par la difficulté d’Ahmad de dénouer le sac de nœuds sans la connaissance de ce qui s’est passé pendant ses quatre ans d’absence. Tout est tellement juste dans le cinéma d’Asghar Farhadi qu’on ne peut que s’y projeter, s’amuser des erreurs que nous avons aussi commises, s’émouvoir des situations inextricables dans lesquelles nous nous sommes aussi empêtrés, éprouver de l’empathie pour toutes ces personnes ordinaires qui tentent de faire de leur mieux, même dépassées par les événements.

Dans le rôle principal, Ali Mosaffa impressionne par la justesse de son jeu dans une langue qu’il ne connaissait pas du tout avant le tournage ! Il est juste parfait dans les émotions et le ressenti. Tout comme Bérénice Bejo en pharmacienne qui cherche à être aussi pleinement maman que femme amoureuse ou Tahir Rahim en père qui se sent coupable du suicide de sa femme.

Enfin, et c’est une excellente nouvelle pour nous, la jeune Montoise Pauline Burlet livre une prestation remarquable de sensibilité en ado mal dans sa peau qui ne mesure pas toujours bien l’impact de ses actes. Tout dans son jeu respire la sincérité. Une superbe confirmation de ce que la petite Edith Piaf de La Môme fait bien partie des plus beaux espoirs du cinéma belge.

Patrick Laurent

Le passé

Drame sentimental

Réalisé par Asghar Farhadi

Avec Bérénice Bejo, Pauline Burlet, Tahar Rahim, Ali Mosaffa

Durée 2 h 10