Le monde nous appartient. Un film envoûtant de Stephan Streker

RÉSUMÉ. La nuit. Un pont. Une auto. Un coup de couteau. Le cadavre est emmené en ambulance. Sous le regard d’un jeune homme impassible assis au sommet d’un pont et d’un autre qui regarde tout ça de loin, la tête à l’envers. Le décor est planté. Il y a un coupable et une victime. Deux remplaçants de la vie : un joker de luxe au football et une petite frappe amenée à prendre la place de son papa décédé. Pour Columbo, tout serait simple. Mais dans la vraie vie, c’est nettement plus complexe. De nombreuses circonstances particulières ont abouti au drame.

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NOTRE AVIS. Un film comme Le monde nous appartient, on ne peut le tourner qu’en Belgique. Stéphan Streker mélange allègrement des thèmes aussi surréalistes que le foot comme métaphore de la vie, l’absence du père comme le sommet de la violence, la volonté de devenir quelqu’un (de riche, de préférence), la précarité de la réussite, la douleur des relations amoureuses, les techniques marketing des agents de joueurs ou la philosophie de vestiaire balancée par un Albert Cartier au sommet de son art. Tout en rendant hommage à Wim Wenders (la référence aux Ailes du désir est flagrante), John Cassavetes (de superbes plans fixes) et autres esthètes de la pellicule.

Le style très lent, extrêmement léché, ou les silences des protagonistes peuvent dérouter. Voire irriter. Chaque plan est en effet travaillé comme une toile, avec une volonté artistique évidente destinée à générer des émotions visuelles. Le récit, lui, vogue au gré de la psychologie des spectateurs, chacun y amenant ses propres références, son empathie, sa capacité ou non à comprendre les comportements des uns et des autres dans un univers tellement pro, efficace, qu’il en devient inhumain.

Peut-être parce qu’il possède ce petit supplément d’âme, ces touches de délire (la présence de Jacques Teugels et de Maurice Martens, deux anciennes gloires du RWDM) et de jolies pistes de réflexion (“On n’est jamais que la somme des gens qu’on rencontre”), ce film hors norme agit sur la longueur et laisse énormément de belles images en tête. Les cinéphiles un peu portés sur le foot devraient adorer.

P. L.