This must be the place. Une interprétation magistrale pour un film plein de sérénité

RÉSUMÉ. À son look de rocker période The Cure avec les cheveux en bataille et les yeux trop maquillés de noir, à son immense villa dont la piscine lui sert pour jouer au squash, à son lent débit d’amateur de fumette et à l’admiration sans bornes qu’on peut lire dans les yeux de tous ceux qui le croisent, pas de doute, Cheyenne est un rocker. Ou plutôt un ex-rocker enfermé dans un présent qui l’ennuie. L’abus de produits illicites semble avoir anesthésié une fois pour toutes ses émotions. Et la moindre once d’impulsivité. Cet homme-là, aussi génial fût-il, tient désormais avant tout de la limace sympathique. Même la mort de son papa ne le sort pas de sa lenteur. Et pourtant, le voyage vers les USA pour rendre hommage à son paternel va le changer à tout jamais.

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NOTRE AVIS. Difficile de ne pas étouffer un rire en découvrant Sean Penn en diva efféminée qui fonctionne au ralenti dans une routine étriquée alors que sa fortune pourrait lui permettre n’importe quelle folie. Tout comme il est presque impossible de ne pas avoir envie de le secouer tant son apathie paraît incompréhensible au départ.

Et pourtant, cette lenteur constitue le coup de génie de Paolo Sorrentino. Dans un premier temps, grâce à une performance ahurissante de Sean Penn, elle rend Cheyenne irrésistiblement drôle, parodique. Sans que l’on s’en rende compte, elle favorise le glissement insidieux de tous les éléments d’explication entre deux séquences de maniaquerie maladive ou de réflexions en apparence enfantines.

Puis, on s’habitue à ce rythme de sénateur pour profiter du luxe de ses somptueuses villas, regarder les décors, comprendre pourquoi cet homme qui a tout en apparence reste ainsi bloqué dans son passé. Même si la conclusion n’est pas éblouissante d’originalité, elle a le mérite de nous renvoyer vers nos propres choix de vie, ceux qui font qu’on reste proche ou éloigné des personnes qu’on a le plus aimées et qui nous ont le plus influencés. Mais aussi de nous faire réfléchir à l’importance des racines ou à l’impact du passé de nos parents.

Cette belle petite comédie, à contre-courant des productions speedées, en plus du plaisir, offre une chose rare au cinéma : de la sérénité. Les cinéphiles en manque de positivisme vont adorer. Tout comme les fans de Sean Penn, éblouissant en clown triste jamais ridicule.

P. L.