MANUREVA – PEN DUICK IV Il y a quinze ans, le 12 juin 1998, Eric Tabarly sur son premier Pen Duick, le seul, le vrai, disparaissait en mer au large du pays de Galles. 20 ans plus tôt, en novembre 1978, Alain Colas, lors de la Route du Rhum, envoya son dernier message au large des Açores. Il naviguait sur le célèbre Manureva. On ne retrouva jamais sa trace, ni celle de son trimaran. Destins liés et croisés. Ironie du sort. Le Manureva, c’est l’ancien bateau d’Eric Tabarly. Le Pen Duick IV. Et contrairement aux multicoques actuels qui sont insubmersibles, Manureva était construit en aluminium, plus lourd que l’eau, ce qui ne permit pas de retrouver le moindre élément du trimaran. 11 ans plus tôt, en 1967, Alain Colas avait rencontré Eric Tabarly, en course sur la Sydney-Hobart. Ce dernier lui propose d’embarquer à bord de Pen Duick III. Ce prof d’Université à l’avenir tout tracé largue les amarres pour répondre à l’appel du large et rejoint, l’année suivante à Lorient, Éric Tabarly qui prépare, pour la transat en solitaire, un multicoque expérimental aux allures démesurées. C’est la naissance de Pen Duick IV. Les deux hommes deviennent inséparables. Alain Colas apprend le métier. En 1970, il rachète à Tabarly le Pen Duick IV. Il prend ses distances et s’engage seul sur la Sydney-Hobart pour initier son bateau aux courses au large. Le 17 juin 1972, il prend le départ de la 4e Transat anglaise en solitaire. Coup de maître, il s’impose et pulvérise le record de l’épreuve. La France a un nouveau héros et Alain Colas, à l’instar d’Eric Tabarly, générera des générations de marins exceptionnels. Colas vise dès lors le premier tour du monde en solitaire en multicoque avec Pen Duick IV rebaptisé Manureva, l’oiseau du voyage en tahitien. Il bat, le 28 mars 1974, de 32 jours le record du monde détenu par Sir Francis Chichester et devient le premier à réussir ce pari. Une gageure accomplie en même temps que la Whitbread, une course autour du monde en équipage en monocoques. On lui a reproché de bénéficier de la couverture médiatique alors que Tabarly, sur Pen Duick VI, était contraint à l’abandon et devait faire face à la polémique à propos du lest en uranium appauvri de ce bateau. L’image de Tabarly ternie, le public se tourna vers Alain Colas. Ce fut la naissance d’une rancune tenace de Tabarly envers son ancien équipier, qui mit fin à l’amitié qui les liait. En 1978, Alain Colas participe à sa dernière course. Il prend le départ de la première Route du Rhum à bord de Manurera, ex-Pen Duick IV avec le destin que l’on connaît...

T. W.