BRUXELLES L'un des volets les plus instructifs de l'étude chapeautée par un panel de spécialistes, avec l'appui de l'Institut de la Santé publique concerne la prise en charge thérapeutique des patients souffrant d'un trouble mental. L'occasion de constater que ces maladies ne sont pas traitées de manière idéale, loin s'en faut. La faute aux intéressés, à la pression sociale, à une insuffisance d'informations,... mais également à un accueil médical souvent inadapté.

Globalement, il apparaît qu'un tiers à peine des patients présentant un trouble mental ont demandé l'aide d'un médecin, généraliste ou psychiatre. La proportion est plus élevée parmi les dépressifs (43%), mais elle reste beaucoup trop faible.

Parmi ceux qui ont consulté, plus de la moitié a attendu un mois ou davantage avant de franchir le pas. Motifs invoqués (ils peuvent se superposer) ? Le problème va se résoudre de lui-même (53%), c'est moi qui dois trouver une issue (50%), ce n'est pas un souci qui devrait durer longtemps (44%), alors qu'un tiers des personnes confrontées à un trouble mental hésitent à s'adresser au corps médical par crainte des... répercussions financières, mais aussi parce qu'elles ne savent pas... vers qui se tourner. Quand on sait la qualité et la quantité de l'offre médicale proposée en Belgique, ceci traduit un évident déficit d'information.

Considérant l'ensemble de la population, on apprend que 13% a consommé un médicament psychotrope au cours des douze derniers mois (antidépresseur, anxiolytique et, dans une moindre mesure, antipsychotique). Parmi les patients souffrant d'un trouble mental, 32% ont pris un médicament durant l'année écoulée. Et quand on se penche sur ceux qui ont cherché un soutien médical, il est intéressant de relever que 19% un sur cinq! n'ont reçu aucun traitement, que celui-ci repose sur une médication et/ou un accompagnement psychologique. Enfin, en ne retenant que la dépression, 20% seulement des patients bénéficient d'une prise en charge adéquate (antidépresseur, combinés ou non à un anxiolytique, et, le cas échéant, soutien psychologique).

Manifestement, il ne peut être question, en l'occurrence, de surconsommation de médicaments, alors que la Belgique est souvent pointée du doigt en raison du nombre élevé de prescriptions enregistrées dans le domaine des troubles psychologiques. «En réalité, la question n'est pas de savoir si on prend trop de médicaments, mais si le traitement est adapté», prévient le Pr Demyttenaere. «Et je constate que nous en sommes loin...»

© La Dernière Heure 2003