À perdre la raison. Un drame psychologique bien plus intéressant que les polémiques

RÉSUMÉ. Pourquoi Murielle a-t-elle tué ses quatre enfants ? Comment sa vie, partagée avec son mari et le Dr Pinget, a-t-elle pu sombrer ainsi dans la dépression ?

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NOTRE AVIS. En deux scènes, Joachim Lafosse dépasse le fait divers sordide (la maman à l’hôpital demande que ses enfants soient enterrés au Maroc, puis on découvre les quatre petits cercueils blancs entrant dans un avion) pour arriver au cœur du sujet. À savoir comment une telle abomination a-t-elle pu se produire ?

Son regard se veut avant tout interrogatif. Dénué de jugement. Les trois protagonistes sont plutôt sympas : Murielle et Mounir s’aiment follement et le médecin consacre tout son temps et son argent pour leur rendre la vie plus belle. Mais chacun accepte des compromis pour de mauvaises raisons : Murielle sacrifie son intimité, son couple et ses relations avec les enfants sur l’autel du confort financier, Mounir n’ose s’affirmer face à son père adoptif de peur de le blesser et le Dr Pinget fait payer sa générosité en s’incrustant dans la vie du couple.

Dès le départ, ces dérives mettent mal à l’aise. Et amènent à se poser des questions sur le sens qu’ils donnent à l’amour, à l’aide, à l’éducation. Comment s’épanouir dans ce contexte certes cossu mais psychologiquement difficile ?

À aucun moment, Joachim Lafosse ne répond. Ni ne donne de piste à suivre. Chacun interprète à sa guise, selon sa sensibilité. Et à la sortie de la vision de presse, les journalistes étaient très divisés sur les responsabilités des uns et des autres.

Superbement maîtrisée, cette fiction librement inspirée de l’affaire Lhermitte est à la fois dure et interpellante. Le traitement, sobre, nuancé, basé sur un climat de tension oppressant, des faits écœurants et des concessions malsaines, amène à se poser des tonnes de questions pour tenter de comprendre. On peut aimer ou détester, mais on n’en sort pas indemne.

P.L.

À perdre la raison

Drame

Réalisé par Joachim Lafosse

Avec Emilie Dequenne, Tahar Rahim, Niels Arestrup

Durée 1h51

Superbement interprété, À perdre la raison amène à se poser énormément de questions.d.r.