Lincoln. Un portrait d’une infinie subtilité signé Steven Spielberg

BIOPIC LINCOLN RÉSUMÉ. À l’entame de son deuxième mandat de président des États-Unis d’Amérique, Abraham Lincoln mène deux combats de front. La guerre de Sécession contre les États du Sud et la bataille farouche pour imposer, dans la Constitution, le 13e amendement abolissant l’esclavage. L’issue du premier ne fait plus de doute. Mais tout pourrait se terminer très vite s’il acceptait de négocier avec les rebelles sudistes prêts à capituler en échange de la promesse qu’ils pourront bloquer le 13e amendement à la Chambre. Ce que Lincoln refuse obstinément. Pour lui, la fin de l’esclavage va dans le sens de l’Histoire, et mérite donc tous les sacrifices. Quitte à faire croire qu’il est prêt à mettre de l’eau dans son vin pour obtenir les voix d’une partie des élus.

((((;

NOTRE AVIS. Les détracteurs de Steven Spielberg vont en avaler leur chapeau de rage. Le Wonder Boy signe, à 66 ans, un de ses films les plus remarquables et, sans conteste, les plus subtils. Après une mise en place plutôt ardue destinée à présenter les protagonistes amenés à s’affronter sur les bancs de la Chambre des représentants, il entre brillamment dans le vif de sujet en s’intéressant de près aux stratégies, parfois retorses, mises en place par le président des USA pour parvenir à ses fins. Animé d’une vision très claire et d’un vrai sens de l’Histoire, il manœuvre sur tous les fronts, demandant à ses hommes de main d’offrir des postes aux députés démocrates qui se rallieraient à sa cause, multipliant les promesses à ses troupes républicaines pour qu’elles le suivent comme un seul homme en dépit de leurs divergences, usant de son autorité et mentant même au Parlement pour imposer son seul et unique objectif, la fin de l’esclavage.

Loin de l’hagiographie à laquelle Hollywood nous a trop souvent habitués, Steven Spielberg dévoile un homme politique rusé, moins penaud qu’il n’en a l’air, terriblement déterminé et malin. Un homme qui a le sens des priorités, prêt à faire tous les sacrifices nécessaires, même si cela doit lui coûter son couple ou un autre fils et le rendre profondément malheureux.

Pour incarner ce personnage aux multiples facettes, doux dehors et rugueux dedans, Steven Spielberg a fait le seul choix qui s’imposait, celui de Daniel Day-Lewis. Une nouvelle fois impressionnant et grandissime favori pour les Oscars.

À ses côtés, Tommy Lee Jones se révèle aussi épatant en idéaliste mordant dont la fougue et la liberté de parole pourraient faire couler toute l’entreprise de Lincoln, dont il partage pourtant les vues.

Sans avoir l’air d’y toucher, ce film épatant en dit long sur les méandres de la nature humaine et sur les arcanes du système politique américain. Sans négliger le divertissement ou les émotions. Sans les lourdeurs inévitables du début, on crierait sans hésiter au chef-d’œuvre.

Patrick Laurent

Lincoln

Biopic

Réalisé par Steven Spielberg

Avec Daniel Day-Lewis, Tommy Lee Jones, Sally Field, David Strathairn

Durée 2h29

Daniel Day-Lewis campe un Lincoln filou, malin, fin stratège, prêt à tout pour atteindre son but historique : l’abolition de l’esclavage aux États-Unis.REPORTERS