Le gouvernement a entamé hier ses travaux budgétaires 2013 et 2014. Le point avec le ministre Olivier Chastel (MR)

Sixième conclave budgétaire pour l’équipe Di Rupo. Les journées – et surtout les nuits cauchemardesques – du gouvernement tournent depuis 18 mois autour de chiffres, d’estimations diverses, prévisions de croissance, recettes nouvelles, économies dans les dépenses publiques… Et ça continue…

Olivier Chastel, vous êtes le ministre MR du Budget. Un premier kern (gouvernement restreint) se tenait hier sur les budgets 2013 et 2014. Quel en était l’objet ?

“Le but était de valider le rapport que le Comité de monitoring (Ndlr, qui assure le suivi des comptes de l’État) nous a remis jeudi.”

Vous avez validé les chiffres ?

“Je dois dire que, très largement, nous sommes d’accord avec l’analyse du Comité de monitoring.”

Il faudra donc trouver 524 millions d’euros pour maintenir le budget 2013 sur les rails…

“Nous n’avons pas modifié le montant, mais des groupes techniques ont tout de même été chargés de nous éclairer sur certains points. Notamment sur la problématique de la résorption structurelle de notre déficit public.”

Quel est le problème ?

“Pour faire simple, le Comité de monitoring nous dit que, si nous parvenons à réaliser un effort supplémentaire structurel de 524 millions en 2013, nous respecterons nos engagements européens. À savoir améliorer le solde structurel de la Belgique de 1 % et, de la sorte, limiter notre déficit public à 2,5 % du PIB.”

L’ensemble de l’effort devra donc se faire en mesures structurelles, c’est-à-dire ayant des effets non seulement en 2013 mais également en 2014 et les années suivantes ?

“C’est exactement ce que dit le Comité de monitoring ! Mais on veut valider ce raisonnement pour éviter que la Commission européenne ne remette en cause une partie de notre travail, comme elle l’a fait en mars dernier…”

Le gouvernement a déjà trouvé plus de 19 milliards d’euros depuis décembre 2011. 524 millions, c’est une paille…

“Je crois au contraire que c’est à nouveau un gros effort. Il ne paraît pas surdimensionné par rapport à ce qu’on a déjà fait, mais il est à réaliser sur le reste de l’année 2013… C’est-à-dire sur 4; 5 voire 6 mois dans le meilleur des cas.”

Bref, au plus tôt le conclave est bouclé, au mieux c’est. Quand espérez-vous conclure ?

“Le Parlement est en vacances à partir du 21 juillet. Pour produire leurs effets le plus vite possible, les décisions devront être votées avant cette date. Sinon, ça nous ramène à octobre…”

Si l’agenda pour 2013 est clair, il ne l’est pas pour la confection du budget 2014. Qu’en est-il ?

“On voudrait faire le gros du boulot maintenant. Quand on réfléchit à des mesures structurelles, on travaille en fait sur plusieurs années. Toute mesure structurelle prise en 2013 aura un effet démultiplié en 2014. C’est pour cela qu’on jumelle les deux exercices.”

Cela signifie-t-il que l’objectif est également de boucler le budget 2014 avant les vacances parlementaires ?

“Les nouvelles règles européennes entrées en vigueur cette année-ci – c’est ce qu’on appelle le Two-Pack – nous imposent de déposer notre budget 2014 devant la Commission européenne pour le 15 octobre prochain au plus tard. Mais la Commission attend aussi de nous, pour le 21 septembre, un rapport sur les grandes mesures envisagées.”

2014 peut donc attendre ?

“Les bases doivent être posées maintenant, mais la finalisation pourra se faire à la rentrée (Ndlr, en octobre).”

Une question n’est toujours pas tranchée. Dans son rapport, le Comité de monitoring chiffre l’effort de l’ensemble de la Belgique à 3,5 milliards pour 2014. Comment se répartira cet effort entre l’entité I (fédéral et Sécu) et l’entité II (régions, communautés et pouvoirs locaux) ?

“Cette question est l’un des éléments qui me font dire qu’on ne va peut-être pas en finir tout de suite avec le budget 2014… Mais avançons. Un exemple : trouvons immédiatement autour de 2 ou 3 milliards d’euros puisque l’on sait que, de toute façon, le fédéral devra assumer la majeure part de l’effort. On peut déjà très largement entamer le travail.”

Mais quand connaîtra-t-on la répartition précise ?

“Le Comori (Comité de mise en œuvre de la réforme de l’État, qui regroupe les huit partis de la majorité institutionnelle) a déjà déterminé la répartition pour 2015 et 2016. Le kern s’occupe de 2013. Il reste un flou : 2014…”

Et donc ?

“Deux thèses s’affrontent. Soit le problème est tranché par le Comori. Soit entre le Premier ministre et les ministres-présidents des régions et communautés – une rencontre est d’ailleurs programmée mardi, entre autres, ce point.”

Pourquoi n’applique-t-on pas la clé de répartition traditionnelle 65 % pour l’entité I contre 35 % pour l’entité II ?

“Je ne veux pas ajouter de la difficulté à la difficulté. Je constate simplement que le Conseil supérieur des Finances nous a encore dit que, cette année, l’État fédéral ne pourra pas assumer seul l’ensemble de l’effort budgétaire de la Belgique. J’imagine que les régions ont de bonnes raisons de ne pas accepter la clé traditionnelle…”

Revenons-en à l’ajustement 2013. Doit-on s’attendre à une succession de petites mesures pour mettre les comptes à flot ?

“Non, non, non ! Pas de petites mesures ! Je le répète, nous parlons de 2013 ET de 2014. Nous ne parlons que de grandes mesures !”

Ce qui signifie que le catalogue des horreurs, qui comprend notamment la hausse de la TVA, est déjà sur la table ?

“Je ne suis pas là pour ressortir je ne sais trop quelle liste… Il y aura un accord seulement si on arrive à un vrai équilibre dans l’ensemble des mesures prises. On connaît les différentes sensibilités autour de la table. Il faudra trouver un juste équilibre.”