Stéphane De Groodt remplace Patrick Bruel avec brio dans l’adaptation belge de la pièce de Delaporte et de la Patellière

COMÉDIE THÉÂTRE ROYAL DES GALERIES C’est assurément l’événement théâtral du moment. Martine Willequet adapte au Théâtre des Galeries Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, la pièce qui connut un succès triomphal à Paris avant de faire pleurer de rire les amoureux de comédies françaises au cinéma.

Le pari n’était pas gagné d’avance,  faire oublier Patrick Bruel dans son meilleur rôle, Charles Berling en prof de philo colérique, Valérie Benguigui et Guillaume de Tonquedec (tous deux récompensés d’un César pour un rôle secondaire), et n’avait rien d’une sinécure. Mais le défi a été relevé haut la main par une équipe de joyeux drilles à la complicité évidente. Superbement emmenée par un Stéphane De Groodt tout simplement irrésistible. Pince-sans-rire, mordant, faussement détaché, il excelle dans le registre de la mauvaise foi, de la provocation balancée sans avoir l’air d’y toucher ou des petites phrases assassines en totale opposition avec ses airs cool. Même s’il est toujours injuste de sortir un nom d’une troupe, sa prestation est si impeccablement comique qu’il mérite les éloges.

Dans son sillage, ses partenaires parviennent aussi à s’éloigner des modèles immortalisés par le cinéma (donc connus d’une grande partie des spectateurs) et à donner une autre saveur aux délicieuses répliques imaginées par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière. Catherine Claeys inscrit Babou dans la lignée des femmes pleines de bon sens de la tradition boulevardière, Nicolas Buysse rend Claude, l’ami neutre, particulièrement attachant, Steve Driesen campe un mari philosophe délicieusement ergoteur et Christel Pedrinelli apporte des nuances volcaniques très efficaces à Anna, la femme enceinte d’un bébé dont le prénom pose tant de problèmes.

Dans un décor aussi simple que magnifique – la structure en bois de la maison, quelle belle idée ! – ils discutent, pinaillent, s’enflamment, se lancent des piques et s’opposent comme dans (presque) toutes les réunions de famille ou d’amis. Impossible de ne pas s’identifier à l’un ou l’autre, de ne pas reconnaître ses proches dans les maladresses orales ou dans l’art de faire virer au vinaigre ce qui se voulait ludique à la base.

Ce règlement de comptes se tient au Théâtre royal des Galeries de Bruxelles (02/513 39 60 ou www.trg.be) jusqu’au 14 avril. On vous le recommande chaudement : toutes les vérités ne sont peut-être pas bonnes à dire, mais qu’est-ce qu’elles sont drôles à entendre !

Patrick Laurent

L’adaptation belge du Prénom, emmenée par Stéphane De Groodt : une réussite. Fabrice Gardin