Alceste à bicyclette. Une belle adaptation moderne du Misanthrope

RÉSUMÉ. Devenu une superstar grâce à la série Dr Morange, Gauthier Valence (Lambert Wilson) veut profiter de sa notoriété pour s’offrir le rôle dont il rêve depuis toujours : celui d’Alceste dans Le Misanthrope. Avec, idéalement, Serge Tanneur (Fabrice Luchini) comme partenaire pour incarner Philinte. Mais pour cela, il faut convaincre son ami de sortir de sa retraite sur l’île de Ré. D’abord réticent, le vieux bougon accepte de donner sa réponse au bout de quatre jours de répétition. Qui vont amener les deux comédiens à affronter dans la vraie vie les mêmes obstacles que le misanthrope.

(((;;

NOTRE AVIS. L’idée de base fait plutôt peur, il faut bien le reconnaître. Les grands classiques du théâtre ne débouchent que rarement sur des fictions palpitantes au cinéma. Mais le réalisateur des Femmes du 6e étage disposait d’une bonne idée avant d’entamer le tournage : les deux comédiens, même s’ils échangent systématiquement leurs rôles, veulent surtout incarner Alceste. Et pour y arriver, toutes les petites entreprises de déstabilisation sont acceptables. Cela va de la simple remarque sur le jeu aux remarques plus acerbes sur le succès ou les choix de vie, en passant par les petites trahisons pas si bénignes que ça relatives à une belle Italienne agressive qui les charme de concert. Fabrice Luchini et Lambert Wilson en profitent pour montrer à quel point les mêmes mots peuvent sonner différemment dans leur bouche, mais aussi que la saveur des interprétations réside dans la confrontation.

L’humour de situation, la cruauté de certains coups bas et les bons mots permettent d’alléger certaines scènes de répétition plutôt lourdes et peu attractives. Alceste à bicyclette présente l’immense mérite de montrer toute la modernité d’une des plus belles pièces de Molière et de nous faire rire de temps à autre. Une approche qui devrait ravir les amateurs de grande culture.

P. L.

Alceste à bicyclette

Comédie

Réalisé par Philippe Le Guay

Avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson, Maya Sansa

Durée 1h44