Aux États-Unis, en 1918, la moitiédes voitures vendues étaient des Ford T

Dès le départ, Henry Ford poursuivait un rêve : lancer sur le marché une voiture à la portée de tous. Mais le banquier qui relance son entreprise en 1903 entend, pour sa part, s’adapter au marché : les voitures, c’est pour les riches et pour les courses. En 1903, une Ford 999 bat le record du monde de vitesse, atteignant les 147 km/h.

Les affaires marchent. 250.000 dollars de bénéfice en 1904. Avec cet argent, Ford peut relancer son rêve à lui et le 1er novembre 1908 sort la première Ford T. En 1918, aux États-Unis, une voiture vendue sur deux est une Ford T. Quand la production cessera, en 1927, on aura totalisé plus de quinze millions de ventes. Un record qui tiendra jusqu’à la Volkswagen Coccinelle qui, en 2003, dépassera les 21,5 millions d’exemplaires.

Le secret du succès de Henry Ford tient d’abord à ce qu’il a voulu une voiture bon marché. Jusque-là, les pièces des moteurs d’autos étaient quasiment réalisées à la main. Ford crée les pièces standards interchangeables, si bien qu’en cas de problème, la réparation est moins coûteuse.

Il a fait des économies dans tous les compartiments. La Ford T est vendue uniquement en couleur noire parce que le temps de séchage est plus rapide. L’acheter dans une autre couleur est possible, mais multiplie le prix.

Au début, une Ford T vaut six mois de salaire d’un enseignant, 825 dollars, alors que le prix moyen d’une voiture de l’époque est de 2000 dollars. Mais Ford va imaginer sans cesse des méthodes pour diminuer le coût de production et le prix de sa voiture va baisser d’année en année. En 1927, il ne sera que de 290 dollars.

L’autre aspect auquel Ford a été attentif, c’est d’offrir au grand public une voiture facile à conduire.

Car le défi est là ! L’auto, ce véhicule pour les riches, fait peur. Ford va imaginer des campagnes publicitaires pour inciter les Américains des villes à partir à la découverte de leurs campagnes, pour expliquer aux fermiers qu’une voiture les aiderait à développer leurs affaires et il va favoriser la création de clubs destinés à aider les nouveaux conducteurs.

Il va aussi inciter à l’installation, dans toutes les grandes villes des États-Unis puis d’Amérique du Nord puis d’Europe, de franchisés. On vend les Ford T partout et, partout, ces concessionnaires s’enrichissent.

Pendant ces années, le modèle de la Ford T n’évolue pas. Le patron préfère développer de nouveaux projets. En 1926, la marque sort… un avion. Le Ford Trimotor multiplie la capacité de transport de passagers. Ce sera le premier avion commercial du monde.

Mais, pendant ce temps, dans le secteur automobile, la concurrence évolue. Des innovations mécaniques apparaissent. Des modèles plus jolis. Il n’est plus du tout valorisant de posséder désormais une Ford T. Surtout, la concurrence a lancé le concept de l’étalement du paiement. Ce que Henry Ford a toujours refusé.

Chez Ford, il est temps de s’adapter. En décembre 1927 sort un nouveau modèle, la Ford A. C’est la fin de la Ford T. À partir de 1931, on lance un nouveau modèle chaque année. En 2012, la voiture la plus vendue dans le monde était encore une Ford. La Focus.