Anna Karénine. Joe Wright signe la mise en scène la plus inventive de l’année

DRAME ANNA KARÉNINE RÉSUMÉ. Mariée au politiquement très conservateur mais humainement tolérant ministre Karénine, mère aimante d’un garçon qu’elle aime par-dessus tout, Anna mène la vie de luxe dont elle a toujours rêvé à Saint-Pétersbourg. Ville qu’elle n’accepte de quitter que pour venir une fois de plus en aide à son frère volage, pris en flagrant délit d’infidélité. Ce voyage change pourtant radicalement sa vie.

À Moscou, son regard croise celui de Vronski, un beau militaire promis à sa jeune belle-sœur. Le coup de foudre est évident, même pour tous ceux qui les entourent au bal. Mais peut-elle vivre ouvertement sa passion dans une société qui n’accepte pas l’adultère… des femmes.

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Notre avis. Joe Wright est un génie de la mise en scène. Devant sa caméra, le roman de Léon Tolstoï devient un hommage magnifique au théâtre tout en gardant sa dimension puissamment romantique. Une grande partie du film se déroule en effet dans la même salle de spectacle, transformée en château, en place publique, en opéra, en champ de courses équestres et même en gare enneigée avec de vrais trains au gré des changements de décors. Le moindre franchissement de porte ouvre sur un nouveau monde, les coulisses prennent des airs de ruelles poisseuses, les déplacements en train sont symbolisés par un petit train électrique, de telle sorte que les scènes s’enchaînent à un rythme soutenu sans la moindre perte de temps pour les relier.

Histoire de rendre cet univers encore plus magique, de nombreuses scènes sont magistralement chorégraphiées, de l’administration qui tamponne en rythme (belle référence à Brazil de Terry Gilliam) aux gracieux changements de costume du frangin impénitent coureur de jupons en passant par des danses sublimes lors d’un bal d’une inventivité visuelle étonnante.

Dans ce contexte très particulier, Jude Law casse son image en vieux réactionnaire, Aaron Taylor-Johnson campe avec théâtralité le symbole même de la séduction et Keira Knightley parvient à moderniser une héroïne figée dans nos froids souvenirs scolaires.

Même s’il ne sera pas facile d’attirer le grand public avec ce classique connoté poussiéreusement et d’une longueur rébarbative (2h11), le travail brillantissime de Joe Wright ne mérite que des éloges. Les amateurs de grande littérature, les fans de théâtre, les cœurs tendres et les cinéphiles attirés par la création artistique devraient adorer.

Patrick Laurent

Anna Karénine

Drame romantique

Réalisé par Joe Wright

Avec Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson

Durée 2h11

Keira Knightley, une incarnation magnifique de l’héroïne romantique russe. upi