Victime du Dr Verheyen
- Publié le 08-03-2001 à 00h00
Christelle a perdu
la santé, son travail,
son fiancé et ses amis
AUBEL Lorsqu'on voit Christelle dans son magasin de fleurs de la rue Gorhez, à Aubel, on a peine à imaginer le calvaire qu'elle a enduré, et qu'elle endure encore depuis neuf ans maintenant. Un calvaire qui a débuté une semaine après son passage chez le docteur Verheyen, ce médecin liégeois qui prescrivait à la chaîne des pilules amincissantes.
A l'époque, en 1992, j'avais 22 ans et j'étais mannequin. Je faisais des défilés. Je pesais 61 kg pour 1,73 mètre, ce qui n'était pas énorme. J'ai entendu parler du docteur Verheyen et je me suis rendue à son cabinet, rue Saint-Paul, à Liège.
Là, tout s'est passé très vite. Il y avait une quinzaine de personnes dans la salle d'attente. Il m'a reçue et m'a juste demandé si je n'avais pas de problèmes de coeur ou de thyroïde, c'est tout. Mais il ne m'a fait passer aucun examen. Il n'a même pas pris ma tension. La seule chose qu'il m'a dite, c'était qu'effectivement j'avais bien besoin de maigrir! Je suis allée chercher les médicaments et je les ai pris pendant une semaine.
C'est alors que son calvaire a débuté: Je suis rapidement devenue nerveuse, agressive, les gens ne me reconnaissaient pas. Et puis, j'ai eu un violent mal de tête. On m'a transportée à l'hôpital et on s'est aperçu que je faisais une hémorragie cérébrale. J'avais une chance sur trois de m'en sortir. Je suis tombée dans le coma, j'ai été à moitié paralysée, puis ça a été une pneumonie, un pneumothorax, les reins bloqués. A l'hôpital, on m'a dit que les médicaments n'étaient peut-être pas la cause de tout cela, mais on aurait pu le voir avec un examen médical préalable avant prescription. De plus, on m'a expliqué que beaucoup de patientes de Verheyen étaient passées par l'hôpital.
Mais les ennuis ont continué à la sortie de l'hôpital: Le choc post-traumatique a été tel que j'ai cru mourir, j'ai fait une dépression. J'ai voulu reprendre mon emploi de fleuriste, mais j'ai été mise à la porte. Mon fiancé m'a laissé tomber, mes amis aussi. Certains me disaient: Tu as une tête de cancéreuse, de rescapée d'Auschwitz. J'ai tout perdu et j'ai voulu me suicider plusieurs fois. Et puis je me suis battue, acharnée. La mutuelle elle-même m'a laissée tomber, parce que je tenais sur mes jambes et que, donc, j'étais capable de travailler!
Aujourd'hui, Christelle a refait sa vie, même si les cicatrices subsistent: Il m'aura fallu deux ans de rééducation. J'ai dû réapprendre à lire et à écrire. Je n'avais plus de cheveux. Je n'osais plus dormir et j'ai dû suivre une cure de sommeil au CHU. Aujourd'hui, intérieurement, je suis encore très fragile. Mais j'ai ouvert mon magasin, il y a cinq ans, et j'ai rencontré un homme, mon mari, qui m'aime pour ce que je suis à l'intérieur. Je veux que ce témoignage aide d'autres victimes à parler.
