La caricole, c'est toute sa vie

Mateusz Kukulka

Depuis toute petite, Barbara aide ses parents à vendre des escargots

BRUXELLES «Depuis combien de temps ma famille vend des caricoles? Je ne sais pas », explique Barbara dans sa carriole installée face à la Bourse. «Mon père a commencé à 8 ans avec mon grand-père. Il en a passé 60 et il travaille encore. J'ai toujours vécu avec eux sur les foires et dans les diverses carrioles.»

Barbara aide son père la carriole est à son nom: Jef & fils , tout comme son frère, sa mère, ses cousins toute la famille est mise à contribution pour vendre des escargots dans divers quartiers de Bruxelles.

«Nous sommes installés place Emile Bockstael à Laeken, place de la Vaillance à Anderlecht, ici à la Bourse et nous faisons aussi tous les événements qui se déroulent à Bruxelles.»

La famille de Jef porte donc son savoir un peu partout. De prime abord, il semble assez facile de préparer des escargots: prenez une grande casserole, dans laquelle vous laissez revenir légèrement un ou deux petits céleris coupés en petits dés, ajoutez-y les escargots (bien lavés) que vous recouvrez d'eau, salez et poivrez. Laissez cuire jusqu'à ce que les caricoles soient tendres. Goûtez la sauce afin qu'elle soit bien poivrée. «C'est comme une soupe, il suffit de rajouter quelques légumes», explique Barbara. Par contre lorsqu'on l'interroge sur les détails, on reçoit une réponse polie mais sèche: «Ça, on ne peut pas dire!».

La caricole est un des piliers de la gastronomie bruxelloise au même titre que le chou de Bruxelles, le chicon ou la kriek. La consommation de caricoles prit son véritable essor dans la gastronomie bruxelloise au 16e siècle, lors du rattachement de Bruxelles au Rupel. À cette époque commenceront les travaux de création du Port maritime de Bruxelles et, avec eux, le développement du commerce des produits de la mer (caricoles, crabes, moules piquantes)

De nous jours subsistent seuls les escargots mais accompagnés d'autres produits. «Tout dépend de la période ou des festivités, raconte Barbara. Quand il y a des cortèges ou des défilés comme la Gay Pride ce week-end, nous vendons des hamburgers, des hot-dogs. En hiver, nous faisons des marrons chauds. Le 1er mai, c'est le muguet. On fait un peu de tout.»

Un peu de tout mais surtout des caricoles. «Nos escargots viennent directement de Bretagne et nous les stockons dans un grand frigo, nous dit la Miss Caricole. Nous les achetons par tonne!», précise-t-elle.

Lorsque nous l'interrogeons sur ce métier qu'elle fait depuis toute petite, qui représente toute une vie, on se rend compte qu'il a une importance sociale assez forte. «Ici beaucoup de gens s'arrêtent, des Bruxellois, des autres Belges ou encore des touristes. Ils achètent mes caricoles et restent souvent pour un brin de causette»

Pas toujours facile. On pourrait presque dire qu'elle joue un rôle d'assistante sociale. Un brave type, quelque peu éméché, nous interrompt, sa canette d'un demi-litre de bière à la main. «Bonjour madame Barbara.» Si elle refuse assez fermement la tentative de baisemain du soûlard, elle ne le tance pas outre mesure. «Ici à la Bourse, ce n'est pas toujours évident mais ce dont ils ont souvent besoin, c'est de parler. Ils sont rarement méchants. Et s'ils le deviennent, il suffit de les engueuler!»

Pour cela, on peut lui faire confiance. En bonne Bruxelloise, elle ne se laisse pas démonter ni impressionner. «Mon fils a déjà été embêté mais moi jamais»

© La Dernière Heure 2006

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