L’homme qui murmurait à l’oreille des présidents

J. Edgar. Un Clint Eastwood en mode mineur

BIOPIC HOLLYWOOD RÉSUMÉ. J. Edgar Hoover avait deux obsessions : lutter contre les communistes avec des moyens scientifiques et faire des dossiers. Sur tout. Et tout le monde. Cela lui a permis de rester 48 ans à la tête du FBI, le bureau d’investigation qu’il a lui-même créé. Et cela, bien qu’aucun des huit présidents qu’il a servis ne l’ait jamais vraiment apprécié. L’homme était tatillon, colérique, bourré de complexes et prêt à tout pour arriver à ses fins.

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NOTRE AVIS. Mais qu’est-il arrivé au réalisateur de Gran Torino, capable de plonger sans la moindre concession dans les affres de l’âme humaine et de décrire les différentes facettes d’une même personnalité sans jamais les adoucir ? La personnalité extrêmement mystérieuse, construite sur les faux-semblants de J. Edgar Hoover, constituait un matériau idéal pour un portrait sulfureux et subtil à la fois. Craint de tous, incapable d’accorder sa confiance à qui que ce soit, l’homme le plus puissant du monde, qui possédait des dossiers compromettants sur tout le monde, offrait une palette incroyable de contradictions, de la rigueur morale stricte à une homosexualité refoulée, en passant par la corruption passive, une grande fidélité en amour et en amitié, l’incapacité de s’extraire de la coupe de sa maman, un esprit glacé et des remarques cassantes à quiconque ose s’opposer à lui. Comme le rôle est tenu par Leonardo DiCaprio, parfois sérieusement vieilli, tout semblait réuni pour une œuvre forte, marquante, révélatrice du mode de fonctionnement américain tout en atteignant l’universalité sur le plan humain.

Hélas, ce n’est pas le cas. En manque d’inspiration, débordé par son sujet, Clint Eastwood offre une biographie classique, truffée de flash-back, plus portée sur l’attirance pour son assistant Clyde Tolson et les enquêtes peu révélatrices que sur ses méthodes humiliantes, l’invention massive de fausses rumeurs pour faire chanter des personnalités, les raisons de sa haine envers Martin Luther King ou même ses liens très fortement soupçonnés avec la mafia.

La description froide, à la manière d’un dossier administratif du FBI, part d’une bonne intention mais débouche finalement sur un portrait superficiel, jamais vraiment touchant ni interpellant. Les trop grandes longueurs et le maquillage grotesque des acteurs vieillis sonnent l’hallali d’un long-métrage mineur où l’on ne sent pas suffisamment la patte classique et émouvante de Clint Eastwood. Une déception mais pas un navet non plus.

Patrick Laurent

J. Edgar

Biopic

Réalisé par Clint Eastwood

Avec Leonardo DiCaprio, Naomi Watts, Armie Hammer et Josh Lucas

Durée 2h15

Leonardo DiCaprio n’a pas hésité à se vieillir très fortement pour incarner J. Edgar Hoover à travers ses 48 années à la tête du FBI. ap

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