Un peu de beurre dans les épinards

Baptiste Lambert

Les éoliennes ne font pas l’unanimité. Elles fracturent le paysage, ont un impact sur la faune et la flore qui les entourent. Tout n’est pas rose. Une directive européenne suppléée par des engagements nationaux a donc imposé l’établissement de mesures compensatoires pour chaque éolienne implantée en territoire rural. La société "Faune et Biotopes" sert d’intermédiaire afin de négocier avec les agriculteurs et les convaincre des bienfaits de ces mesures. Accompagnées d’un duo de contreparties financières…

Premièrement, car une partie du terrain de l’agriculteur est nécessaire à l’implantation d’une éolienne. Les promoteurs éoliens (EDF Luminus, Eolia, etc.) engagent alors une négociation. Montant de départ : 15.000 €.

Dans un deuxième temps , des fonds régionaux et européens rétribuent une société privée spécialisée dans la biodiversité. Christophe Manssens, responsable du programme, explique en quoi consistent ces mesures : "Dans un rayon de 5 km autour du parc éolien, on recrée des sites semi-naturels afin de favoriser la reproduction d’oiseaux. Concrètement on sème un mélange de graines (radis, maïs, froment,…) sur une parcelle de terrain. Ces morceaux de terre attireront des insectes qui à leur tour attireront des oiseaux."

Marc Brogniet, agriculteur de la région de Thuin, n’est plus à convaincre : "Il y a longtemps que j’en fais et j’y suis évidemment favorable. Mais les primes sont accessoires, je le fais par pure volonté. Il faut dire que je suis un grand passionné de chasse. Ces parcelles attirent des renards et des sangliers en favorisant leur reproduction." En fait, le fermier peut toucher jusqu’à 3.000 € par hectare et par an. Une prime qui semble surtout intéressante en cas de mauvaise récolte.

Néanmoins, le secrétaire général des propriétaires ruraux de Wallonie (NTF) est interpellé par le fait que son association n’ait pas été conviée aux négociations de ces mesures compensatoires : "N’oublions pas que ces compensations ne peuvent être implantées au pied de l’éolienne au risque d’attirer certaines espèces dans les pales de ces maudits hachoirs. Donc, si la Wallonie ambitionne l’implantation d’un millier d’éoliennes dans un proche avenir, quelque 4.000 hectares de terres agricoles seraient détournés de leur fonction productive."

En sus, le principal obstacle à l’émancipation de cette énergie verte réside dans son manque d’espace exploitable. Un casse-tête que le gouvernement wallon va devoir résoudre s’il veut respecter ses engagements.

Baptiste Lambert

Les plus consultés

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be