A-t-on encore besoin de comédiens ?

Laurent Patrick

RÉSUMÉ. L’âge d’or du cinéma, c’est fini pour Robin Wright. Ses "choix pourris" et ses renoncements à la dernière minute ont fait perdre des millions aux studios hollywoodiens. Mais le patron de la Miramount lui propose quand même un ultime deal, celui de la garder jeune à tout jamais. En clair, de scanner toutes ses expressions et ses émotions, et de faire jouer à la Robin Wright numérique tous les rôles que la véritable comédienne aurait refusés. Ce qui permettra à cette dernière de s’occuper de sa famille, sa seule véritable priorité dans la vie.

(((;;

NOTRE AVIS. Dès la première scène, le ton est donné. Dans son propre rôle, Robin Wright se fait insulter pendant de longues minutes, sans relâche, par un Harvey Keitel en train de faire le bilan de son parcours. Une descente en flèche à la fois hilarante et touchante, tant elle réduit cette formidable comédienne à quelques rôles emblématiques comme Bouton d’or dans Princess Bride ou Jenny dans Forrest Gump.

Derrière les sarcasmes se cache une véritable réflexion sur l’apport des artistes, la soif de contrôle des majors, la liberté individuelle de participer ou non à un projet ou l’appauvrissement créatif qui consiste à ne proposer aux spectateurs que les stars qu’ils aiment dans leurs rôles les plus connus et sans la moindre ride, bref figées à jamais.

La première partie vole vraiment très haut et laisse présager de la meilleure comédie de l’année. Mais assez étrangement, lorsqu’il verse dans l’animation, le réalisateur du génial Valse avec Bachir se perd dans des délires visuellement impressionnants mais assez pauvres d’un point de vue narratif. La légèreté et l’humour mordant du début ont cédé la place à une démonstration assez pesante de l’impact de la réalité virtuelle et aux états d’âme dépressifs d’une star consciente de vivre dans un paradis artificiel. En dépit du charme des graphismes hippies aux couleurs appuyées (on se croirait par moments dans Yellow Submarine des Beatles), l’intrigue n’avance plus guère. Pis, elle s’étire interminablement dans des séquences animées oniriques, obscures et surtout bien trop longues. Le plaisir des yeux ne suffit pas et on se met à regretter (ce qui était sans doute le but d’Ari Folman) les véritables comédiens et les répliques inspirées de l’entame d’ouvrage.

À l’arrivée, Le congrès n’est pas le chef-d’œuvre espéré. Mais quand même une comédie futuriste inspirée qui marque durablement les esprits.

P. L.

Le congrès

Comédie, science-fiction et animation

Réalisé par Ari Folman

Avec Robin Wright, Paul Giamatti, Harvey Keitel

Durée 2 h

Les plus consultés

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be