Dommage collatéral

Denis Fernand
Dommage collatéral

RÉSUMÉ. Un bar à Gibraltar, les affaires vivotent. Le patron, un Français, ne va pas pouvoir descendre plus bas. Son bateau est assigné à quai comme une voiture mal garée. Rattrapé par les crédits, l’homme ne veut pas transformer sa femme et leur bébé en fuyards. C’est alors qu’un voisin genre loup de mer vient lui lancer une bouée. Ou le ferrer avec son hameçon ? Il aura largement le temps d’y réfléchir.

C’est la douane française qui pilote l’opération avec l’ambition de stopper très en amont le trafic de drogue en provenance du Maroc. Tout ce que le contact demande au patron du bar, c’est d’avoir de grandes oreilles et de les laisser traîner. En cas d’information conduisant à une interception, il empocherait 10 %. Boulot pas très noble, peut-il lire dans le regard de sa femme. Mais son premier tuyau débouche sur une belle petite prise de 125 kilos qui fait la fierté de son recruteur. Marc Duval se sent tiré d’affaire.

En fait, il n’est qu’une pièce d’un tableau dont il n’a aucune idée de ce qu’il peut représenter. Ce trafiquant espagnol serré par les douanes françaises était manipulé depuis des mois par les douanes britanniques dans le but de mettre la main sur une cargaison de plusieurs tonnes. Voilà Duval dans le collimateur des propriétaires du rocher, agacés par ces Frenchies qui opèrent en solo et sabotent le boulot. Les chefs étant à Paris, c’est pour Duval la monnaie du penny.

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NOTRE AVIS. Julien Leclerq met en scène un homme qui se croit dans la position du funambule, c’est risqué, il n’y a pas de marche arrière, mais il y a le filet de l’administration pour le rattraper. Le spectateur, lui, a compris depuis longtemps que le filet est illusion, que la raison d’État existe pour un gars comme Duval qui pèse un poids négligeable, celui d’un dommage collatéral. C’est dans cette tension de l’inconscience qui insuffle un climat singulier. En effet, Gibraltar ne relève ni du film d’action - la spécialité du réalisateur pourtant - ni du pamphet politique à l’encontre de l’État en général et de la Mitterrandie barbouzeuse, celle du Rainbow Warrior, des Irlandais de Vincennes et du fiston trafiquant d’armes.

C’est une tension psychologique à plusieurs facettes. Dramatique, elle l’empêche de prendre la mesure du danger qu’il court et fait courir à ses proches. Salvatrice, sa naïveté lui sauve la vie. Chaotique, il ne parvient plus à faire la part du bien et du mal. De tous les plans ou presque, Gilles Lellouche incarne avec un subtil mélange d’innocence un type un peu lourd et pourtant ne fait pas le poids, un type qui voudrait en imposer et n’a pas d’autorité, une sorte d’antihéros loin d’un profil cinématographique. Il faut dire qu’on n’est pas totalement au cinéma puisque le récit est tiré d’une histoire vraie. En face de lui, Tahar Rahim, en jeune cadre des douanes, apporte simultanément ambition et humanité, ce qui empêche le film de basculer dans les clichés.

A. S.

Gibraltar

Thriller

Réalisé par Julien Leclercq

Avec Gilles Lellouche, Tahar Rahim

Durée 1h50

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