Le vieil homme et l’amer

Laurent Patrick
Bruce Dern in Nebraska (2013) *Filmstill - Editorial Use Only* CAP/FB Image supplied by Capital Pictures Reporters / Capital Pictures
Bruce Dern in Nebraska (2013) *Filmstill - Editorial Use Only* CAP/FB Image supplied by Capital Pictures Reporters / Capital Pictures ©Reporters / Capital Pictures

RÉSUMÉ Sur une autoroute du Montana, erre, en sens contraire, un vieil homme, Woody Grant. Sa démarche est lente, pénible. Interrogé par un policier bienveillant, il refuse de s’arrêter. Il se rend au Nebraska, à plus de mille kilomètres de là, pour décrocher le million de dollars qu’une pub lui a promis. Les conditions en petits caractères lui importent peu : aux USA, une parole est une parole, et il est écrit qu’il a gagné. Incapable de le faire changer d’avis et las de devoir chaque fois le rattraper sur la route, son fils décide d’effectuer le voyage avec lui en voiture.

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NOTRE AVIS Avec Nebraska, Alexander Payne fait la synthèse des trois films qui l’ont rendu célèbre. L’intrigue est centrée sur un homme à la retraite, comme dans About Schmidt, le thème central est celui de la transmission comme dans The Descendants et le ton, parfois extrêmement drôle derrière des façades pathétiques, rappelle celui de Sideways. Loin de virer au patchwork, l’exercice lui permet d’aborder les ravages du temps sous l’angle d’une comédie finalement optimiste, tendre, révélatrice de tout ce qu’on peut apporter aux autres quel que soit son âge.

Derrière l’entêtement du vieux Woody ne se cache pas que le début de la sénilité. Mais aussi un rêve, celui d’épater une dernière fois son frère qu’il n’a plus vu depuis des années, ses neveux grossiers prêts à tout pour lui piquer son fric et tous ses pseudo-amis d’autrefois obnubilés par le moyen de l’arnaquer pendant qu’ils font des courbettes. Homme simple, modeste, Woody n’a pas besoin de cet argent mais d’un dernier coup d’éclat en rentrant chez lui au volant d’une voiture neuve, même si son permis de conduire lui a été retiré voici bien longtemps.

À travers les rôles secondaires veules, tous les losers pathétiques qui ne réfléchissent jamais qu’en termes de dollars, Alexander Payne tire un portrait à la fois désopilant et triste de l’Amérique profonde, celle qu’on cache pour ne pas gâcher l’image du rêve relayé par Hollywood. Boursouflés de suffisance et de hamburgers, amers, ils discutent en experts de voitures impayables, de matchs de foot, de pubs, d’un passé largement inventé et d’un futur qui aurait dû être brillant si le monde entier ne s’était pas ligué contre eux. Le tout en sifflant des bières.

En toile de fond, ils rendent amusante l’histoire touchante de ce vieil homme que seul son fils continue de soutenir, envers et contre tout. Et même si c’est un peu long, difficile de ne pas craquer pour Woody, magnifiquement incarné par Bruce Dern. À des lieues des divertissements à grand spectacle, Nebraska apporte du rire, des sentiments profonds, de l’humanité. Un de nos coups de cœur du dernier Festival de Cannes.

Patrick Laurent

Nebraska

Comédie dramatique

Réalisé par Alexander Payne

Avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb

Durée 1h55

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