Pourquoi Paris n’a-t-il pas brûlé

Laurent Patrick
Pourquoi Paris n’a-t-il pas brûlé

RÉSUMÉ 25 août 1944, 4 h du matin. Pour répondre aux exigences d’Hitler, le général Dietrich von Choltitz (Niels Arestrup) s’apprête à réduire en cendres Paris et tous ses monuments chargés d’histoire. En bon militaire, il ne lui viendrait pas à l’idée de contester un ordre. Tout est miné. Il ne reste plus qu’à tout appuyer sur les détonateurs. À ce moment, entre dans son bureau, par une porte dérobée de l’hôtel Meurice, le consul de Suède, Raoul Nordling (André Dussollier). Bien décidé à sauver la capitale française de la destruction par toutes les circonvolutions et allées de traverse possibles de la diplomatie.

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NOTRE AVIS André Dussollier et Niels Arestrup ont joué plus de 200 fois la pièce de Cyril Gély. Et on ne voit pas qui aurait pu mieux interpréter le général nazi fatigué, conscient que son acte fou ne servira à rien mais obligé de respecter les instructions sous peine de voir sa famille périr sous les tortures de SS, ou le renard gris, habile manieur d’idées et des doutes, qui met son adversaire face à sa responsabilité historique. D’un côté, un homme carré encore du bon côté du pouvoir pour quelques heures ("Je n’ai jamais discuté un ordre"), de l’autre un beau parleur ("Je n’en doute pas, sinon vous ne seriez pas général") prêt à toutes les ruses pour trouver la faille dans sa carapace.

Leur duel à fleuret moucheté n’est pas sans rappeler une autre brillante adaptation théâtrale, signée Edouard Molinaro, Le souper (qui mettait aux prises Talleyrand et Fouché en fin d’époque napoléonienne, juste après la défaite de Waterloo). Les textes sont brillants, les interprétations subtiles, les deux protagonistes extrêmement touchants. À tour de rôle, ils donnent l’impression de prendre l’ascendant, d’abattre les arguments adverses, de faire triompher leur logique. Avant de subir un revers et de devoir tenter de rebondir au plus vite. Quel régal d’assister à la confrontation de deux grands comédiens sur base de dialogues aussi magnifiquement écrits, aux résonances parfois étonnamment contemporaines ("En France, le pouvoir ne fait pas bon ménage avec les histoires de cœur. Surtout avec une simple comédienne...")

Tout en respectant l’unité de lieu et de temps, Volker Schlöndorff casse de temps à autre le côté théâtre filmé en incluant quelques photos d’époque ou des archives filmées. Puis insiste sur les doutes (que feraient-ils si leurs places étaient interchangées ?) avant de conclure magistralement son jeu subtil de manipulations doublé d’un suspense captivant : comment Nording a-t-il pu faire changer son opposant d’avis ?

Patrick Laurent

Diplomatie

Historique

Réalisé par Volker Schlöndorff

Avec Niels Arestrup, André Dussollier

Durée 1h25

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