Les névrosés d’Hollywood

Laurent Patrick

On attendait un portrait plus mordant, profond et cruel de la part de Cronenberg

RÉSUMÉ Hollywood. Tout le monde rêve de vivre dans la cité du cinéma et des stars. Y compris les chauffeurs de limousine en manque de reconnaissance artistique. Et pourtant, les heureux élus semblent tous atteints de névroses profondes. Le grand espoir de 13 ans se montre odieux avec tout le monde, et encore plus spécialement avec ses partenaires qui bénéficient de bonnes répliques. Son père, gourou de la zénitude aux accents vaguement orientaux, ferait n’importe quoi pour assurer les ventes de son dernier livre. Et ne veux surtout pas du retour de sa fille, coupable d’avoir tenté un jour de mettre le feu à la villa. Et pourtant, la gamine s’est fait engager comme assistante (bonniche, quoi) d’une diva capricieuse, angoissée par son âge, qui se réjouit d’un décès qui privera une concurrente d’un rôle qu’elle convoite. Tous multiplient les comportements méprisants, ignobles. Mais font, bien évidemment, bonne figure en public.

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NOTRE AVIS Quels que soient l’âge et les références cinématographiques, tout le monde va reconnaître de nombreuses idoles du 7e art dans cette satire des mœurs hollywoodiennes. Dans La Mecque du cinéma, là où les ascensions fulgurantes éclipsent les interminables déclins, royaume de tous les excès qui ne deviennent éventuellement gênants qu’une fois médiatisés, l’hypocrisie et les faux-semblants semblent érigés en valeurs absolues. Et cela, depuis des temps immémoriaux.

David Cronenberg n’avait donc qu’à se baisser pour dénicher les exemples les plus criants d’un monde paradoxalement fascinant en raison de sa décadence et de ses outrances. Il lui suffisait de regarder par les fenêtres de sa propriété pour croquer les vicissitudes d’Hollywood. Dès lors, en dépit de séquences parfois très drôles, on se demande pourquoi il se contente de cet alignement de scènes caricaturales et banales à la fois. Les échos people regorgent en effet de situations bien plus cocasses, hallucinantes, illustratives de la véritable personnalité des stars qui font fantasmer le monde entier. D’un David Cronenberg, on attendait plus de mordant, de folie, de pertinence aussi dans l’analyse d’un microcosme finalement révélateur de nos sociétés, de nos aspirations. À aucun moment il ne parvient à nous surprendre, à nous émouvoir, à nous faire réfléchir sur nous-mêmes : sans notre idolâtrie, les stars ne seraient que des acteurs de talent dont la vie privée ne servirait d’exemple à personne.

Ce sujet-là nécessitait plus de profondeur et d’excès, d’humanité et de cruauté, pour nous séduire complètement. Au final, Maps to the stars ressemble surtout à une petite comédie légère, au casting impressionnant mais aux performances quelconques. Julianne Moore ne méritait vraiment pas un prix d’interprétation cannois.

Patrick Laurent

Maps to the stars

Satire

Réalisé par David Cronenberg

Avec Julianne Moore, Robert Pattinson, Mia Wasikowska, John Cusak, Carrie Fisher

Durée 1 h 51

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