Les documentaires animaliers sans la sauvagerie ou la férocité du monde animal (qui préfère parfois simplement digérer son repas ou se prélasser sans effort) feraient-ils autant frissonner ses spectateurs? 

Probablement pas. C'est la raison pour laquelle les réalisateurs ont parfois recours à quelques trucs et astuces pour insuffler à leur documentaire le caractère épique qui lui manquait.

Chris Palmer, producteur et réalisateur de films animaliers, a publié deux livres sur ces "secrets de tournages" utilisés quand la nature ne veut pas montrer de quoi elle est capable. Et tout n'est pas rose au pays du documentaire animalier...

Par exemple, relate le Huffington Post américain, pour présenter une scène de dîner post-chasse entre le chasseur et sa proie, il peut arriver que les réalisateurs utilisent des animaux entraînés. Des M&M's sont alors placés près de carcasses pour inciter les prédateurs à venir renifler leur proie prétendument chassée. Ce n'est pas parce qu'on est prédateur qu'on a toujours l'appétit... Côté marin, les réalisateurs accrochent parfois de faux phoques à l'arrière du bateau pour inciter les requins à sortir le bout de leur nez.

"Ils -les réalisateurs- peuvent partir avec les meilleures intentions du monde", reconnait Chris Palmer. "Mais quand on n'a rien après deux jours de tournage, et qu’il reste vingt-quatre heures, on devient désespéré." 

Bite me if you can

Les animaux ne sont pas les seuls à être manipulés. D'après Chris Palmer, les documentaristes Carol et Richard Foster se seraient servis d'un... humain pour attirer des chauves-souris vampires. Volontaire, l'homme aurait accepté de se faire vacciner contre la rage avant de faire semblant d'être endormi dans un repaire de nyctalopes assoiffés pour les attirer face à l’œil de la caméra.

L'oeil de la caméra, justement, est adaptable. Par exemple, pour tourner des scènes de nature sauvage... dans un zoo. En 2011, la BBC avait été sous le feu des critiques après qu'il fut révélé que ses documentaires animaliers mettaient régulièrement en scène des animaux en captivité, sans en informer les téléspectateurs.

Autre astuce: le recours aux images de synthèse, aujourd'hui accessibles et efficaces. Ainsi, dans un documentaire de 2009 intitulé Turtle: The Incredible Journey, c'était des tortues de mer... entièrement digitales qui étaient "filmées" par les documentaristes.

Avant, c'était pire

Certes, les méthodes décrites ci-dessus ont de quoi choquer quant à la manipulation des images et de la réalité, mais les animaux ne sont pas réellement mis à mal. Auparavant, c'était différent. Les réalisateurs n'hésitaient pas, par exemple, à attacher ou casser les pattes d'un lapin pour qu'il soit une proie -encore- plus facile. 

En 1958, Disney produit un documentaire intitulé White Wilderness, où l'équipe avait quelque chose à prouver, même si cette affirmation ne repose sur aucune base scientifique: les lemmings se suicident massivement. Ils s'étaient procuré quelques animaux, avant de les précipiter face caméra du haut d'une falaise...