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Mike, un Montois de 37 ans, mordu de Saint Seiya, nous a ouvert les portes de sa collection de figurines, reconnue aux quatre coins du globe. Mais aussi de la belle histoire, et des valeurs qui sommeillent derrière.

A la ville, il est Mike, résident montois, fonctionnaire au SPF Justice, 37 ans, sportif, marié à Julie. Un homme normal, bien dans ses baskets (qu'il collectionne aussi) que tous ses proches nous décrivent comme "un mec en or avec le coeur sur la main". Mais lorsqu'il s'immerge dans son univers favori, il devient Miketigra. Youtubeur adulé de sa communauté, collectionneur épique et surtout fan, devant l'éternel, des Chevaliers du Zodiaque, dont il possède pratiquement toutes les figurines (Myth Cloth) parues. Au point, il n'aura jamais la prétention de nous le dire, d'être le détenteur de l'une des plus belles collections de figurines (Myth Cloth) du monde ! L'animé, popularisé chez nous par le Club Dorothée, continue de fédérer une communauté folle 30 ans après son arrivée dans nos mercredis après-midi. Mike, dont la passion est connue du Japon au Brésil en passant par l'Argentine, présente sa formidable collection à La DH. Mais surtout l'histoire qu'il y a derrière, pas moins belle.


Comment êtes vous tombé dans la marmite des Chevaliers du Zodiaque (ou Saint Seiya) ?

"Comme beaucoup de trentenaires, je suis un enfant du Club Do, qui me scotchait tous les mercredis quand j'étais enfant. J'avais trois dessins animés favoris : Dragon Ball, Ken Le Survivant et Les Chavaliers du Zodiaque. Je ne manquais pas un épisode. Mais le coup de foudre est véritablement survenu lorsque j'ai vu la première figurine Saint Seiya de ma vie"

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La pièce dédiée de Mike, et ses onze vitrines.


Vous vous souvenez de ce moment ?

"C'était au Cora de La Louvière, j'avais sept ans. Je m'en souviens comme si c'était hier. Les jouets, à l'époque, étaient moins violents. Vous ne ressentiez pas l'agressivité, et l'apologie des armes qui règne aujourd'hui dans les rayons jouets. A l'époque, les jouets étaient encore de beaux objets. Il y avait cette vitrine aquarium, avec ce chevalier du dragon. J'avais sept ans et j'ai flashé. Malheureusement, si les figurines sont très chères aujourd'hui, c'était également vrai en 1986 : elles coûtaient 1.099 francs belges. Les chevaliers d'or étaient vendus 100 francs de plus. Pour ma famille, dont les moyens financiers étaient limités, il était impossible de me l'offrir. Mais il y avait cette promesse : pour mon huitième anniversaire, je l'aurais, mon fameux Shyriu du dragon. Je me souviens de n'avoir pas dormi une minute la veille du jour J. Evidemment, Christiaensen n'avait plus de Shyriu de stock... Je me suis rabattu sur le chevalier d'Or du Scorpion. Ma première figurine. 30 ans plus tard, elle occupe une place à part dans ma collection... Même si la peinture s'est oxydée !"


C'est pourtant en tant qu'adulte, que votre collection a commencé.

"Oui. J'ai grandi assez loin des Chevaliers du Zodiaque. Je n'ai pas exactement eu une enfance facile. J'ai connu, sans rentrer dans les détails, la violence et l'abandon. Puis j'ai grandi, et j'ai tout mis en oeuvre pour tenter de devenir quelqu'un de bien. Il y a chez moi ce côté revanchard sur la vie, qui fait du Chevalier Ikki du Phénix de loin mon préféré. Comme lui, je me suis battu pour revenir de l'île de l'Enfer. Tout cette évolution se passe donc loin de Saint Seiya, dont la vie m'a alors éloigné. Jusqu'à ce jour de 2009 où je me baladais à Mons avec mon épouse. Il y avait, en vitrine d'un magasin, les Chevaliers du Zodiaque de mon enfance dans une armure que je ne connaissais pas du tout (les fameuses V4, armures divines, déployées dans l'arc Hadès). Je suis resté scotché devant la vitrine, silencieux. Julie, ma femme, a vu qu'il s'était passé quelque chose. J'ai eu une remontée sentimentale de tous les idéaux et plaisirs de mon enfance. C'était un choc. Nous sommes repartis, une heure plus tard, avec quatre figurines. Et ma passion reprenait vie."


Depuis, du chemin a été parcouru...

"Les figurines que je collectionne, les Myth Cloth, qui sont bien plus détaillées et jolies que les figurines dites vintage de mon enfance, sont nées en 2003. Je les ai découvertes en 2009. J'avais six ans de retard à combler ! J'ai alors fait quelque chose d'irrationnel : j'ai vidé le compte épargne et dépensé 6.000 € en figurines, pour me mettre à jour, et n'avoir plus qu'à acquérir les dernières nouveautés. Très vite, j'ai ressenti le besoin d'aller plus loin. J'ai commencé, via le Net, à échanger avec la communauté Saint Seiya, à tisser des liens, qui deviendront des amitiés. Je suis passé de la simple exposition en vitrines à la recherche de la pose parfaite de mes personnages sur des décors personnalisés. Ma passion s'est quelque part professionnalisée. Puis, elle a grandi, grandi..."

Votre collection prend de la place. Au sens propre, mais aussi financier et chronophage...

"Il faut comprendre qu'elle a grandi dans une époque spéciale sur le plan de ma vie privée. Ma compagne est malheureusement atteinte d'une maladie qui nous empêche de beaucoup voyager. Nous nous sommes alors rabattus sur certains biens matériels. J'estime ma collection à 50.000 €, sans compter les travaux entrepris pour l'aménagement de ma pièce dédiée, mon petit sanctuaire. Une figurine rare, ça peut monter jusqu'à 800 €. Et certains décors se monnayent à 600 €, donc ça va vite... Bien sûr, j'y ai mis beaucoup d'argent. Ce qui m'a été reproché par certaines personnes, qui se permettent de vous juger et vous coller une étiquette. Je ne suis pourtant jamais qu'un fonctionnaire ! Croyez-moi, vu d'où je viens, je sais ce que vaut un euro. C'est juste que je discipline mes dépenses en fonction de mes passions. Je ne fume pas, ne bois pas, ne trouve pas mon bonheur dans les sorties nocturnes et dépensières. Mais dans le bonheur de mes proches, et ma collection, qui est devenue plus qu'une passion, mais carrément une hygiène de vie. "

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Mike ne lésine absolument pas sur les poses et les décors (dioramas) de sa collection.

Vous n'avez jamais pensé à tout laisser tomber ? Le fameux blues du collectionneur ?

"Il y a des moments où tout cela est étouffant. J'ai eu une grosse phase de dépression, où j'ai failli tout brûler, parce que Miketigra avait pris le pas sur Mike. Mais j'ai résisté et je ne le regrette pas. Ma femme est la première à m'interdire de vendre une figurine. Ma passion, elle la partage, ce n'est pas une corvée qu'elle subit mais un bout de notre vie à nous deux. Aujourd'hui, je suis persuadé que je vais mourir avec ma collection."

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Ici, les chevaliers d'or. Le côté perfectionniste de Mike est très présent.

Aujourd'hui, Les Chevaliers du Zodiaque vous permettent-ils de gagner de l'argent ?

"La reconnaissance de ma collection à, c'est vrai, attiré plusieurs partenaires. Qui me permettent parfois de disposer de figurines à des tarifs préférentiels, en échange d'une vidéo où je parle du produit, en toute liberté. La monétisation de ma chaîne YouTube met un tout petit peu de beurre dans les épinards, mais si on fait le bilan, ma passion continue à me coûter clairement plus d'argent qu'elle ne m'en rapporte. Je ne fais pas cela par appat du gain, quoi qu'il en soit. Ma passion m'a permis d'élargir mon cercle d'amis : quelqu'un comme le diorameur (décorateur) Tadashi Dio, David, est devenu un véritable ami autour de notre passion commune."

Pourquoi Saint Seiya, et pas Dragon Ball, ou les timbres, voire Michel Vaillant ou le foot ?

"Je suis quelqu'un d'émotionnel. A un niveau parfois extrême : j'ai déjà explosé trois figurines parce qu'après 8 heures à galérer pour leur donner la pose que je voulais, je pétais un plomb. D'un autre côté, je suis aussi quelqu'un de très empathique. Je peux verser ma larme devant un épisode que j'ai déjà vu vingt fois ! Je crois que c'est pour cela que Saint Seiya me parle autant. C'est une oeuvre qui véhicule des valeurs devenues rares, mais pourtant essentielles dans le monde dégueulasse et violent qui est le nôtre. Saint Seiya, c'est l'amitié, la défense d'une cause, la solidarité, le fait de ne jamais abandonner. Parfois même jusqu'a un point caricatural, mais ce n'est pas grave. Je me retrouve dans tout cela. Je ne fais pas que collectionner des poupées. C'est ma vie, qu'il y a dans ces vitrines. Aujourd'hui, ma collection me permet d'être tout simplement heureux. C'est déjà pas mal."


- La chaîne YouTube de Miketigra :
https://www.youtube.com/channel/UCHpGDjpQ9hSMFdlp6rgWpBw
- Son blog : http://miketigra.blogspot.com/
- Sa page Facebook : https://www.facebook.com/miketigra1
- Mike sera présent au salon Made In Asia en mars prochain.