Et si Albert II abdiquait ? Trois experts se prononcent sur l’épineuse question

BRUXELLES Le constitutionnaliste Francis Delpérée est un interlocuteur appréciable sur l’abdication de Beatrix. Mais c’est une autre question que nous lui avons posée. Histoire-fiction, chapitre 2013 : notre souverain Albert II abdique. Son héritier, le prince Philippe, est-il prêt à coiffer la couronne ? “La première chose à savoir, c’est que le mot abdication ne sonne absolument pas de la même manière dans des pays pourtant aussi proches que les Pays-Bas et la Belgique. Aux Pays-Bas, une longue tradition d’abdication existe. Pas chez nous, où ce mot est bien plus synonyme de velléités, depuis la délicate Question royale de 1951 et l’abdication de Léopold III. Les deux situations sont donc difficilement comparables…”

Certes. Mais tout de même. On insiste… Francis Delpérée : “Si le scénario de l’abdication du roi Albert II se vérifie un jour, il ne faut pas oublier qu’il ne se trouvera nul ministre, nul peuple et nul professeur universitaire pour empêcher le prince Philippe, héritier légitime du trône en tant que fils aîné du Roi, de devenir le roi des Belges ! Philippe est à mon sens non seulement prêt, mais, surtout, et c’est bien le plus important, il n’a pas le choix” .

Quant aux vents contraires (bourrasques ?) qui soufflent actuellement sur la monarchie belge, Francis Delpérée ne les commente pas particulièrement. Glissant toutefois qu’il n’est pas impensable que, toujours dans notre scénario, “des formations politiques malintentionnées” ne perturbent l’accession de Philippe à la couronne…

Bien entendu, pour que Philippe devienne Roi du vivant de son père, encore faut-il qu’il y ait abdication de ce dernier… Un point qui fait douter au plus haut point Francis Balace et Vincent Dujardin, tous deux historiens (le premier à l’ULg, le second à l’UCL). Selon Francis Balace, en Belgique, la question de l’abdication est beaucoup plus “taboue” . “L’abdication de Léopold III a été un très mauvais souvenir pour les Belges.”

Vincent Dujardin rappelle que “la situation politique et institutionnelle de la Belgique est différente de celle des Pays-Bas” . “La thèse parfois évoquée d’une abdication d’Albert II en juillet 2013 me paraît donc peu plausible. Le Roi est actuellement le seul élément de stabilité dans un contexte politique difficile” , conclut l’historien.

Enfin, il n’est pas vain de rappeler qu’en Belgique, l’abdication du Roi nécessite un contreseing ministériel et un accord politique…



© La Dernière Heure 2013