Jugé parfois trop fade, le maire de Bordeaux a pourtant quelques cartouches en réserve contre son rival à la primaire de droite.

Serait-ce bientôt le moment de gloire de l'ex-"paria" ? Condamné en 2004 dans l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris, Alain Juppé est en passe d'être élu candidat des Républicains à la prochaine élection présidentielle. Crédité de 42% des intentions de votes dans un récent sondage, l'ancien Premier ministre caracole devant son principal adversaire, Nicolas Sarkozy, qui lui pointe seulement à 28%. Bruno Lemaire, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Jean-Frédéric Poisson sont loin derrière le duo de tête.

Alain Juppé ne déchaîne pourtant pas les passions partisanes. Son manque de charisme relatif et son âge (il a eu septante-et-un an cette année) ne plaident pas pour lui, par rapport au discours toujours plus à droite de son rival. Malgré tout, Juppé possède une certaine répartie, dont la dernière victime n'est autre que "Sarko".

Interrogé par BFM TV sur la proposition de Bruno Lemaire de présenter son casier judiciaire en cas de participation à une élection, M. Juppé a su s'en sortir par une pirouette qui risque de ne pas plaire à l'ancien Président. "Vous savez en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu'un avenir", a-t-il déclaré, précisant toutefois que ces propos ne visaient personne. "C'est un propos général", a-t-il ajouté.

Difficile cependant de ne pas y voir une pique adressée à Nicolas Sarkozy, empêtré dans le scandale Bygmalion. En effet, le parquet de Paris avait demandé il y a peu son renvoi devant le tribunal correctionnel dans cette affaire de financement illégal lors de sa campagne de 2012.

Pour rappel, Alain Juppé avait pris quatorze mois avec sursis et un an d'inéligibilité il y a douze ans (en première instance, sa condamnation allait jusqu'à dix ans d'inéligibilité). "Tout le monde connaît ma situation", a-t-il poursuivi. "Je me suis exprimé et je crois que les Français m'ont compris et qu'ils m'ont relégitimé à plusieurs reprises." Sera-ce de nouveau le cas fin novembre ? Et si cette fois, le côté "classique" et "vieux sage" de Juppé le servait ? Moins clivant que Sarkozy ou Le Pen, plus populaire qu'Hollande et Mélenchon, plus expérimenté que Macron, Juppé le normalien peut réellement espérer s'installer à l'Elysée. 2017, l'année Juppé ?