Ce 10 janvier, c'est le CEO Jackpot Day. En d'autres termes, le nombre de jours qu'auront mis les patrons du Bel20 à gagner autant que le travailleur belge moyen sur tout une année.

Avec un salaire annuel médian de 1.875.000 euros en 2018, les CEO du Bel 20 auront vu leur rémunération annuelle progresser de 14% sur 4 ans, mais baisser de 5,3% sur la dernière année. Sur base du calendrier 2020, c’est donc ce 10 janvier que les CEO du Bel 20 auront gagné l’équivalent d’un an de salaire du travailleur belge médian. Un CEO gagne donc 42 fois le salaire médian.

"Lorsqu’on parle d’inégalités, on met souvent en avant le rôle de l’impôt pour les corriger mais il est important d’insister sur la répartition primaire des richesses", explique Clarisse Van Tichelen, permanente au Service d’études de la CNE. En effet, on sait que les pays qui sont les moins inégalitaires, ce ne sont pas seulement ceux qui font les plus gros efforts de redistribution mais aussi ceux qui, dès le départ, laissent le moins d’inégalités apparaître dans la répartition primaire des richesses : entre salaire et profit et au sein même des salariés (Michael Zemmour, 2019). "Or, depuis les années 1990, la part salariale (la part des richesses qui rémunère les travailleurs) diminue. Entre 1996 et 2018, la part salariale a diminué de près de 3 points de pourcent. Ça peut paraître peu mais chaque point de pourcent représente environ 40 milliards d’euros (si on prend le PIB de la Belgique qui se situe autour de 400 milliards d’euros)".

La part salariale diminue parce que les salaires réels des travailleurs n’ont augmenté que de 9% depuis 1996 alors que le PIB a, lui, connu une croissance réelle de 51%. Depuis 2015, les salaires réels des travailleurs ont même connu 4 années consécutives de décroissance (base de données AMECO). "Si nos salaires n’augmentent pas (voire diminuent) mais qu’on continue à avoir de la croissance économique, ça veut dire que la richesse qu’on produit en plus est captée par le capital et fait de facto baisser la part salariale et augmente donc de manière mathématique les inégalités", ajoute Clarisse Van Tichelen.

Pour la CNE, augmenter les salaires des travailleurs est donc un vrai enjeu pour faire diminuer les inégalités. "Cela signifie qu’on doit pouvoir sortir du carcan des salaires dans lequel nous bloque la loi de 1996 (rendue encore plus stricte par le précédent gouvernement en 2017)."