Fin des voitures thermiques en 2035: la Belgique face au défi (et aux problèmes) de l'électrification massive

Le défi lié à la fin du thermique demande de mettre en place une série d’adaptations.

recharge voiture electrique
©Jean Luc Flemal

Vendre des voitures à moteur thermique ne sera plus autorisé en Europe à partir de 2035. C’est ce qu’ont décidé dans la nuit de mardi à mercredi les représentants des 27 États membres de l’Union européenne en approuvant le projet de la Commission européenne. Cette décision, qui s’inscrit dans le pacte vert pour l’Europe ("Fit for 55") doit encore être discutée avec les eurodéputés, mais elle augure déjà de grands changements pour la Belgique.

Si le texte laisse la porte ouverte aux hybrides et aux véhicules roulant avec certains fuels, son ambition est d’avoir un parc majoritairement électrique. Les propriétaires de voitures essence ou diesel pourront certes continuer de rouler avec leur voiture, mais uniquement dans les villes et villages qui les autoriseront encore. Bruxelles prévoit ainsi d’interdire la circulation des thermiques à l’horizon 2035 tandis que la Flandre entend le faire dès 2029.

Des décisions qui n'inquiètent nullement l'industrie. "Cela fait plus de 10 ans que nos membres développent des voitures électriques. On trouve pas loin de 100 modèles différents sur le marché", rassure Christophe Dubon, de la Febiac, la Fédération belge de l'automobile. Le porte-parole souligne néanmoins qu'une série de freins retient encore les utilisateurs à passer à l'électrique.

"Il y a d'abord un surcoût à l'achat très important. Une électrique neuve coûte en moyenne 10 000 euros de plus qu'une thermique." Un prix qui est justifié par la technologie des batteries, mais qui devrait être tiré vers le bas avec l'évolution technologique attendue dans les prochaines années.

La question de l'autonomie suscite encore de la méfiance chez le client. "Mais l'autonomie d'une électrique est largement suffisante pour le grand public qui fait rarement plus de 70 à 80 km par jour. Or, en moyenne, il faut faire minimum 200 à 250 km avant d'être à plat." Pour un usage quotidien, il n'y a donc pas de soucis à se faire puisque le véhicule peut être rechargé la nuit.

Bornes de recharge

Ce qui nous amène à la troisième inquiétude : la possibilité de recharger son véhicule. "Pour les personnes qui disposent d'un garage, cela ne pose pas de problèmes. Mais ceux qui n'en ont pas devront compter sur les infrastructures publiques." Sur ce point, la Flandre a mis les bouchées doubles puisqu'elle projette d'installer des points de recharge tous les 25 km. "En Wallonie et à Bruxelles, on en est très, très loin. Bruxelles n'est pas près de développer une infrastructure de recharge rapide", poursuit Christophe Dubon.

Dans la capitale et dans le sud du pays, les compétences liées à la mobilité et à l’environnement sont toutes aux mains des écologistes, à la différence de la Flandre où ces ministères sont respectivement gérés par le CD&V et la N-VA. Une différence de mentalité politique qui se ressent également dans l’approche.

Chez Ecolo-Groen, on prône avant tout le shift modal. La volonté n'est pas de remplacer l'entièreté du parc automobile thermique par de l'électrique, mais de profiter du basculement pour inciter à utiliser davantage les mobilités alternatives. À Bruxelles, la ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) et le ministre de l'Environnement Alain Maron (Ecolo) défendent une vision presque anti-bagnole. "Notre objectif est de réduire l'usage de la voiture en ville. Nous voulons offrir des alternatives, encourager l'usage de voitures partagées... Une volonté qui s'accompagne d'un investissement massif dans les transports en commun", dit-on chez Van den Brandt. La région bruxelloise soutient néanmoins le développement de bornes de recharge électrique. Elle compte aujourd'hui 350 bornes en voirie (ce qui fait 700 points de recharge) et environ la même quantité hors voirie, soit 1 598 points de recharge au total. La stratégie régionale vise à installer 11 000 bornes de recharge accessibles au public à l'horizon 2035.

Dans le cadre du plan de relance, la Wallonie s’est engagée à déployer un minimum de 5400 bornes d’ici à 2026.

Capacité énergétique

Cette transformation de la mobilité va augmenter la demande nationale en électricité de façon monumentale. "Si nous voulons atteindre notre objectif qu'est la neutralité carbone en 2050, il faudra passer par une électrification massive", reconnaît Tine Van der Straeten (Groen). Selon une étude d'Elia, ces besoins de capacité énergétique supplémentaire pourraient néamoins être considérablement réduits grâce à des optimisations horaire et méthodologique. Pour fournir le reste de l'électricité nécessaire, la ministre de l'Énergie compte sur des sources renouvelables : éolien, solaire, hydrogène, offshore…

Cette solution ne convainc pas sa prédécesseure Marie-Christine Marghem (MR) qui milite pour maintenir en activité la totalité du parc nucléaire belge. "Si on ne garde que deux réacteurs, on va avoir un black-out !"

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