Le CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas, c’est la grand-messe annuelle du business autour de l’électronique grand public. Pour cette édition 2022, le Covid-19 et le variant Omicron ont poussé certains acteurs du secteur à simplement annuler leur venue, histoire d’éviter toute mauvaise nouvelle et l’impact potentiel sur leur image. C’est ce qu’ont fait Google ou Microsoft par exemple.

Mais d’autres, tout en respectant les mesures sanitaires, ne lâchent pas l’affaire et en profitent pour attaquer des marchés parfois inattendus. C’est le cas du groupe japonais Sony, qui dévoile le Vision-S 02, une nouvelle version de son premier prototype de voiture électrique, qui est testé sur les routes. Le groupe entend donc bien jouer dans la cour des constructeurs de véhicules électriques, alors que le marché est encore à ses débuts. Les acteurs comme Tesla mais aussi General Motors, Polestar, Volvo, BMW, Mercedes ou encore Peugeot et Renault et autres n’ont qu’à bien se tenir.

Le groupe, plus connu pour ses téléviseurs ou ses consoles de jeux vidéo (Playstation), va créer une filiale baptisée Sony Mobility au printemps 2022. A travers cette nouvelle branche, Sony “compte explorer la possibilité d’investir le marché des véhicules électriques”, précise le groupe.

L’annonce semble ne pas avoir refroidi les investisseurs et le titre continuait de grimper (+3,67% à la Bourse de Tokyo), après, notons-le tout de même, plusieurs semaines de montée quasiment ininterrompue.

La Vision-S est truffée de capteurs internes et externes et sert notamment à tester les technologies de conduite autonome, sans chauffeur. L’entreprise travaille aussi à la conception de systèmes de divertissement immersifs.

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Conquérir un marché encore naissant... et aux ressources sous pression

Le secteur des véhicules électriques est encore minuscule, il ne représente que 3% des ventes actuellement aux Etats-Unis. Mais il suscite énormément d’intérêt et d’investissements. General Motors a prévu d’investir plus de 35 milliards de dollars dans les véhicules électriques et autonomes d’ici 2025. Et aux Etats-Unis, les autorités prévoient de dépenser des milliards pour renforcer le réseau de bornes de recharge ou inciter les particuliers à abandonner leurs véhicules thermiques et émetteurs de gaz polluants à l’utilisation.

Reste à Sony d’assurer une production fiable dans un marché très concurrentiel. En particulier dans un secteur où la pression sur les ressources naturelles est importante et la dépendance aux semi-conducteurs très élevée. Les problèmes de production et d’approvisionnement du secteur automobile en 2021 l’ont d’ailleurs prouvé. Les constructeurs automobiles devront l’intégrer davantage dans leurs business models.

À couteaux tirés

Le marché est effectivement en plein “boom” et chaque constructeur veut tirer son épingle du jeu. Mercedes a également profité du CES (serait-il devenu un nouveau salon de l’auto ?) pour présenter son prototype nommé... Vision EQXX. Etonnante similitude avec Sony. Son objectif ? Dépasser les 1000 km d’autonomie en conditions réelles, annonce le constructeur allemand. La voiture, qui dispose aussi de panneaux solaires sur le toit, doit cependant encore être testée sur la route dans quelques mois, sur un trajet de 1.000 kilomètres, soit la distance entre Paris et Berlin.

Si cela fonctionne et que cette batterie et son autonomie sont déployées sur des véhicules de série, cela sera une manière de contourner le problème causé par des infrastructures de recharge encore trop déficientes en Europe, estime Mercedes-Benz.


À la reconquête de l’espace

Le CES est aussi l’occasion pour certaines entreprises de faire part de leurs volontés d’exploiter le domaine spatial. C’est le cas de Sierra Space (filiale du groupe américain Sierra Nevada), qui a présenté sa mini-navette spatiale. Une sorte d’avion qui permettrait de faire des voyages spatiaux en basse orbite aussi simplement que l’on monte dans un avion classique. Son vaisseau, baptisé “Dream Chaser”, mesure neuf mètres de long, pèse une vingtaine de tonnes seulement et devrait effectuer ses premières missions en 2022, apprend-on.

Il pourrait relier la Station Spatiale Internationale, dont l’exploitation scientifique touche bientôt à sa fin, ou même d’autres futures structures placées en orbite. Si l’appât du gain que représente un marché encore inexploité motive les investisseurs, d’autres - des mauvaises langues diront les défendeurs de l’innovation - soulignent les dangers que cela représente. Ne serait-ce que d’un point de vue sécurité: la multiplication des initiatives privées, sans certitudes quant à leur pérennité, pourrait favoriser la venue d’accidents.

La multiplication d’objets en orbite pourrait d’ailleurs provoquer des collisions à la chaîne et générer des milliers de débris - ce qu’on appelle le Syndrome de Kessler - et nuire à la multitude de satellites déjà en orbite, aux services de télécommunications et même tout bonnement à l’accès à l’espace pour l’être humain. Et c’est sans parler de la question énergétique.

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