Cheval de bataille d'une partie de l'échiquier politique belge, la suppression de la voiture de société, vue à tort comme un "privilège de nantis" et comme une incitation à la pollution, ne semble plus être à l'ordre du jour. Mais on sent toutefois bien la patte de la famille écologiste dans ce que préconise cette note concernant ce qui est, faut-il le rappeler, une compensation salariale dans un pays où la fiscalité met une pression démesurée sur toute velléité d'augmentation d'un salaire.

Zéro émissions en 2026

En plus de rappeler l'objectif, fixé en accord avec les régions, d'interdire la vente de voitures équipées de moteurs à combustion "à condition que l'offre de véhicules à prix abordable soit suffisante", on apprend donc que la Vivaldi désire que d'ici 2026, toutes les voitures de sociétés soient non-émettrices de gaz à effet de serre. En clair, qu'elles soient toutes 100% électriques, pas même hybrides. Ambitieux, louable sur le fond, et à priori en effet plus facile à réaliser pour des entreprises que pour une grande partie des Belges. La réaction des premiers concernés ne s'est toutefois pas fait attendre.

Contreproductif

Constructeurs, loueurs et garages d'une même voix. Dans l'après-midi du 17 septembre, Febiac (représentant les constructeurs), Renta (qui représente les sociétés de leasing et de location) et Traxio (qui représente le secteur des garages) ont publié un communiqué commun. Premièrement, ils rappellent bien sûr qu'ils soutiennent le nécessaire verdissement du parc automobile, tout en remettant les décideurs face à leurs responsabilités. Du côté des loueurs, on pointe par exemple l'effet potentiellement pervers de règles trop restrictives pour les voitures de société. "Si la législation fait qu'il devient trop cher pour les entreprises et les bénéficiaires d'une voiture de société d'utiliser un véhicule essence ou diesel, l'adoption de l'électrique sera bien sûr forcé", explique Frank Van Gool de Renta, avant de poursuivre : "Mais si la disponibilité de véhicules électriques abordables et/ou d'infrastructure ne suit pas, tout le monde aura tendance à prolonger la vie d'un ancien véhicule personnel. Et cela ne serait pas non plus bénéfique pour l'environnement !"

De son côté, Joost Kaesemans, Directeur de la Communication de Febiac, souligne que les 600.000 voitures de société circulant en Belgique (sur un total de 6 millions) sont déjà les plus écologiques puisque les plus souvent renouvelées. Elles ne représenteraient d’ailleurs que 2% des émissions totales de CO2 dans le pays et cette proportion pourrait encore baisser à la faveur de l'essor du télétravail, enfin entré dans les mœurs "grâce" au Coronavirus. En clair, "Il convient de ne pas surestimer l'impact d’une telle mesure", conclut M. Kaesemans.

Garanties solides nécessaires

Enfin, la plus belle pique vient de Filip Ryant, parlant au nom de TRAXIO. Il rappelle d'abord que la voiture électrique n'est encore ni pratique ni abordable financièrement pour tout le monde, donnant l'exemple des prestataires de soins à domicile, en général petits indépendants qui paient de leur poche leur "voiture de société" (car c'en est une), qui vivent en ville ou dans un environnement qui n'offre pas de possibilité de recharge à domicile. Autre exemple, ceux qui parcourent énormément de kilomètres au quotidien dans le cadre de leurs fonctions. Puis il porte l'estocade : "Si ces règlements sont introduits, les Régions doivent donner des garanties solides d’une part sur la mise à disposition d’un réseau public de recharge, et d’autre part sur le fait que les réseaux de distribution et la production d'électricité ne connaitront pas d’étranglement. La politique actuelle menée dans ce domaine n’est pas de nature à nous rendre très optimistes".

De fait, entre la sortie annoncée du nucléaire sans qu'on sache trop par quoi il sera remplacé, et la vétusté d'une grande partie du réseau électrique belge, dont la mise à niveau pour supporter une électrification massive des transports nécessiterait des investissements colossaux, il y a du pain sur la planche… Le mot de la fin est celui de Frank Van Gool de Renta : "Je ne peux pas imaginer que l'intention de ce gouvernement soit de placer la classe ouvrière et les entreprises dans la tourmente alors qu'il y a (suite à la crise sanitaire, ndlr) déjà assez de grains à moudre sur le plan économique."