Les clients ont, contraint et forcé, repoussé leurs rendez-vous, y compris ceux qui devaient prendre livraison de leur nouvelle voiture.

On l’a dit et répété, les constructeurs, croulant déjà sous les investissements colossaux nécessaires aux véhicules électrifiés, n’avaient pas besoin d’une crise supplémentaire venant encore compliquer l’avenir immédiat de la plupart d’entre eux.

Leur situation a évidemment fait boule de neige dans les réseaux, les concessionnaires étant en première ligne pour encaisser les coups.

“Dans un premier temps, ils étaient restés ouverts, mais la situation préoccupante les a obligés à fermer leurs portes, explique Jean-Marc Ponteville, s’exprimant pour l’importateur D’Ieteren (VW, Audi, Seat, Skoda, Porsche, entre autres). De toute façon, les clients faisaient très logiquement défaut, dès lors...”

Du point de vue des ventes, même avant le lock down, on peut carrément dire qu’elles étaient déjà quasi au point mort. ”On a inclus ces pertes dans nos prévsions, poursuit notre interlocuteur. En espérant que les consommateurs ont pensé en termes de report et non d’annulation. Les problèmes de trésorerie étaient sans doute ceux qui préoccupent le plus les concessionnaires. Cette situation met clairement le business sous tension. Mais c’est dans tous les secteurs pareils. On subit, comme tout le monde. je précise toutefois qu’il n’y a jamais vraiment eu de problème de stock en matière de pièces détachées. Nous avions eu un souci de composants de batterie en provenance de Chine, mais la situation étaient en train de se résoudre. D’un atre côté, jusqu’à ce qu’on décide du confinement général, le marché fleet assurait une certaine constance des affaires, mais les particuliers, eux, dès le début de la crise, pensaient clairement à autre chose qu’à l’achat d’une voiture. Comment leur donner tort.”

Encore que… Nous avions eu un long entretien en ce début de semaine avec Yves Lalieu, directeur général des 3 concessions BMW Jean-Michel Martin, et son avis sur le marché fleet était plus nuancé. “Certes les commandes étaient fermes, mais on remarquait que les clients tardaient à venir chercher leur véhicule, ce qui, immanquablement, vdevait nous conduire à des problèmes de trésorerie. Dans la pratique, nous devons payer nos voitures dans les 30 jours de la réception en garage, et si le client (d’une société) ne vient pas la chercher, la société ne paie pas la voiture,” précise Yves Lalieu. On parle ici de plusieurs centaines de milliers d’euros, bien sûr.

Dès l’annonce gouvernementale voici une semaine, les effets sur la clientèle des concessions s’étaient fait sentir. “Nous avions dû fermer le samedi alors que nous avions prévu une journée porte ouverte pour la présentation d’un tout nouveau modèle (la Série 2 Grand Coupé). On avait tenté de reporter en semaine les rendez-vous qui avaient été pris pour le samedi, mais beaucoup de gens s’étaient désistés. Même au niveau des entretiens, les annulations se s’étaient succédé avant le confinement général. Beaucoup plus d’ailleurs pour Mini (75 % de no-show) que pour BMW (25 %), sans doute parce que la clientèle féminine de Mini est encore plus sensible à la situation. En début de crise, l’un des gros soucis se situait au niveau de l’atelier. Les mécaniciens étaient inquiets. Dans les voitures, il y avait parfois des piles de mouchoirs qui traînaient. Ils avaient peur pour leur santé. C’était d’ailleurs un problème plus spécifique au garage de Woluwé, alors que les propriétaires se rendant à notre concession de Drogenbos étaient plus respectueux envers le personnel d’atelier.”

Pour l’ensemble des employés des concessions, la situation n’a évidemment fait qu’empirer. “Dans notre business, le télétravail est quasi impossible. En début de semaine, nous comptions 3 personnes qui y recouraient sur les 95 que nous employons. Nos 25 vendeurs étaient pour ainsi dire sans travail. Il n’y a pas eu d’autre solution que la mise en chômage économique. D’abord sur une base volontaire (pour ceux qui veulent/doivent s’occuper des enfants), puis puis au cas par cas. Avec le lock down, on n’a plus eu du tout le choix. Heureusement tout de même que le gros des ventes (30% environ des ventes de l’année) a été réalisé au Salon de Bruxelles…” Encore fallait-il, donc, que les clients viennent chercher leur voiture pour remplir les caisses…