Les objets ont une histoire: le jour où un ex-soldat de Napoléon a inventé le taille-crayon

Jadis, ils taillaient leurs crayons avec un canif et se blessaient très souvent. Jusqu’au jour où un ex-soldat de Napoléon, qui avait combattu à Waterloo, inventa le taille-crayon.

Guy Debisschop
Les objets ont une histoire: le jour où un ex-soldat de Napoléon a inventé le taille-crayon
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C’est un Français, Nicolas Jacques Conté, qui inventa le crayon en 1795 en réalisant un mélange de graphite et d’argile dans un cylindre. Il fallait bien tailler régulièrement la mine. Une tâche principalement réservée aux écoliers de l’époque qui n’avaient pas d’autre ressource que d’utiliser un couteau, souvent un canif, pour l’affûter. Mais, très fréquemment, ils se blessaient, principalement aux doigts. Et leur supplice dura pendant 52 ans….

Jusqu’au jour (en 1847) où un autre Français, Constant de Thierry des Estivaux, inventa le taille-crayon. Il déposa un brevet pour un cône muni d’une lame qui permettait de tailler la mine du crayon. D’un geste, cet objet pouvait couper le bois du crayon et affûter la mine. Quel soulagement dans les écoles !

Et la solution aurait pu être trouvée plus tôt. En effet, en 1828, un mathématicien du nom de Bernard Lassimone, encore un Français, avait déjà mis au point un objet ressemblant fort à un taille-crayon. Il déposa un brevet mais ne put jamais commercialiser son invention.

Puis, tout s’emballe. Peu après Thierry des Estivaux, un Allemand d’origine scandinave, Théodore Paul Möbius, déposa à son tour un brevet pour un taille-crayon, formé d’une tôle affûtée. Et, entre 1850 et 1900, aux quatre coins du globe, d’autres brevets sont déposés, cette fois pour des taille-crayons mécaniques équipés d’une manivelle.

Mais l’histoire retiendra que Constant de Thierry des Estivaux est le premier à avoir permis la commercialisation du taille-crayon. Étonnant bonhomme, ce Thierry des Estivaux ! Fils d’un colonel de l’armée française, il combattit aux côtés de son père à Waterloo en 1815 alors qu’il était à peine âgé de 17 ans. En l’espace de quelques heures, il fut cinq fois blessé sur le champ de bataille. Devenu officier, il entra chez les Dragons et servit ensuite dans l’armée russe en qualité d’aide de camp de son oncle, le général de Langeron. À la mort de celui-ci, Constant de Thierry des Estivaux retourna en France avec de nombreux documents de son oncle. Il fut arrêté et le ministère des Affaires étrangères récupéra les documents. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Adolphe Thiers, les utilisera ensuite pour écrire un livre : Histoire de l’Empire. Plus tard, Tolstoï s’inspirera de ce livre pour écrire son célèbre roman Guerre et paix.

Rejeté par l’armée et son pays, Constant de Thierry des Estivaux décida de devenir inventeur. Il s’installa en Angleterre où il breveta plusieurs inventions dont un “propulseur palmipède propre à la navigation.” Et puis, il y eut le taille-crayon qui fut sans conteste sa meilleure idée. Elle ne le rendit pas riche car il décéda en 1871 alors que la production en masse de crayons démarra réellement à la fin du 19e siècle.

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