Whoogy’s, le Bruxellois venu de France qui casse les réseaux sociaux: "C’est un Français qui vous le dit: les frites, c’est belge!"
Véritable phénomène sur TikTok et Instragram, Hugo de son vrai nom, publie son premier recueil de recettes et de techniques de cuisine
Publié le 19-03-2023 à 08h53
Jeune trentenaire, Whoogy’s (Hugo dans la vraie vie) connaît la recette du succès sur les réseaux sociaux. Actif sur Instagram (485 000 followers) et sur TikTok (566 000 abonnés) il s’est fait une spécialité des vidéos courtes et décalées, dans lesquelles il mitonne de bons petits plats, tout en restant “amateur” comme il aime le rappeler. Rencontre avec ce boulimique de clics, épicurien avant tout, qui a quitté son Paris natal pour vivre à Bruxelles où il a rencontré l’amour en même temps que le succès.
Whoogy’s, pourquoi un livre alors que ça cartonne sur les réseaux sociaux ?
”En effet, c’était pas vraiment le programme quand je me suis lancé sur les réseaux sociaux, même si j’avais probablement ce rêve dans un coin de la tête. J’ai eu la chance d’avoir plusieurs propositions de maisons d’édition qui se sont probablement dit aussi qu’il fallait se renouveler et parmi les propositions que j’ai reçues, celle du “Chêne” m’a attiré. On a eu envie de faire un beau livre, très complet, et pas juste un égo-trip avec moi et un plat de lasagne sur une couverture de livre pour Noël. On a voulu vraiment un projet qui puisse durer dans le temps, que les gens puissent s’échanger.
Pourtant, la transition n’est pas aisée, entre les réseaux sociaux et l’édition d’un livre, la différence est énorme. Et la notoriété n’est pas la même car si vous atteignez des centaines de milliers de fans sur les réseaux, écouler autant de livres est un pari fou…
”Complètement, c’est un autre projet, mais avec une autre temporalité aussi. Quand je tourne une recette, je vais faire les courses le matin, je vais la tourner le midi, la monter l’après-midi et faire la voix off puis la publier le soir. C’est un lapse de temps très court et cela me permet de faire plein de choses comme ça. Le livre c’est un projet d’une année de travail gravée dans le marbre. C’est deux approches différentes mais cela permet aux gens d’avoir quelque chose chez eux, pouvoir l’ouvrir, le lire, le reprendre, l’utiliser comme une boîte à outils en prenant la sauce du début du livre et l’accompagner de l’onglet au barbecue qu’on a à la fin et chacun peut voir les recettes qu’il veut et ça c’est génial.”
Au vu du livre, riche de 150 recettes mais aussi de techniques de découpe, de cuisson, de dressage, on s’imagine que vous êtes cuisinier de formation…
”Je n’ai pas de formation de cuisinier. Cela fait maintenant deux ans que je fais mes vidéos à temps plein et du coup je cuisine beaucoup. Je me suis autoformé avec les réseaux sociaux, avec les livres et c’est aussi pour ça que je suis très content d’en sortir un moi-même aujourd’hui. Il y a aussi énormément de documentaires qui sortent autour de la gastronomie. C’est très agréable, je prends des notes, je me forme perpétuellement…”
Ce goût de la cuisine, il vient d’où à la base ? De votre maman, de votre grand-mère ?
”J’adorerais avoir cette image un peu d’Épinal de la grand-mère qui cuisine ses recettes et les transmet en famille, mais ce n’est pas le cas. Mes parents ont toujours adoré cuisiner. Mon père faisait des pizzas à la maison et je voyais comment faire à manger pouvait être un plaisir et pas simplement faire juste à manger le soir et le midi, mais la vraie passion, s’est un peu déclenchée quand je suis devenu étudiant. J’ai eu mon premier appartement et je me suis dit : il faut que je mange et au lieu de le voir comme une corvée je l’ai plutôt vu comme une chance en me disant que maintenant je pouvais cuisiner ce que je voulais. J’allais chez le primeur, je me choisissais de bons petits produits et ça m’amusait, ça n’a jamais été une corvée de me faire à manger le soir.”
On s’imagine que votre bande de potes devait être ravie et qu’on se disputait pour venir manger chez vous plutôt que se commander une pizza ou rapporter des frites…
”C’est ça ! Je reviens de week-end avec des amis et j’adore mettre la main à la pâte. C’est un vrai plaisir et ça l’a toujours été. De plus je suis un épicurien. Un peu trop peut-être même. Du coup, dorénavant je vais à la salle de sport pour tenter d’évacuer un peu tout cela. Mon nouveau credo c’est faire plus de sport pour manger plus. J’adore manger, boire, partager, aller au resto ou faire à manger chez moi. Avec un maximum de monde, c’est ma passion, j’adore ça.”
Malgré des centaines de recettes et une technique acquise de manière autodidacte, vous revendiquez toujours votre statut de cuisinier amateur…
”Oui, d’ailleurs le titre de mon livre s’intitule “Manuel d’un cuisinier amateur”. Il y a beaucoup de chefs qui font des livres de cuisine, mais moi je suis amateur assumé dans le sens où je le fais pour mes familles, mes amis, mais je veux être dans le haut du panier pour l’amateur donc je suis à fond dans les produits, les techniques, les recettes, le dressage. J’aime bien définir cette cuisine amateur comme si on mangeait au resto. Quand on voit l’assiette arriver et qu’on me dit, waouh, on pourrait manger ça dans un resto c’est le meilleur compliment qu’on puisse me faire car c’est ça que j’ai envie que les gens puissent refaire chez eux avec la qualité et l’exigence que peut mettre un resto dans une assiette. Là où beaucoup de chefs et programmes télé ont un peu rabaissé le niveau pour être plus accessibles, en proposant des recettes en 5 minutes, mais en oubliant parfois que certaines techniques ou cuissons nécessitent plus de temps.”
Tout semble facile pour vous, vous n’avez jamais raté de recette ?
”Oui, évidemment, j’en ai raté. Moi, c’est pas mal de travail pour moi. Les recettes qu’on voit sur les réseaux sociaux ou dans le livre, c’est la dernière version. Je me suis bien évidemment entraîné. D’ailleurs, des fois je reçois des messages de gens qui me disent, je ne comprends pas, j’ai fait la focaccia et ça donne pas du tout comme toi. Je leur réponds alors que ce n’est pas parce que tu as toutes les instructions et tous les ingrédients que tu peux la réussir du premier coup. Si je te dis exactement comment faire pour jongler, même si je te donne tous les secrets, il faudra un peu d’entraînement. La cuisine, c’est pareil, je pense qu’il faut pratiquer pour devenir de plus en plus fort.”
Après les réseaux sociaux et ce livre, d’autres projets sont en cours ?
”Le gros projet, c’est YouTube. Depuis le début, j’ai fait des vidéos très courtes. C’était TikTok et Instagram qui imposaient ce format. Cela m’a éclaté de le faire et je continuerai à le faire. Mais sur YouTube, je pourrai faire des vidéos beaucoup plus longues, autour de 10 minutes où je peux aller plus dans le détail, dans les techniques. Là, on vient par exemple de sortir une tarte tatin. La vidéo dure 8 minutes, ça permet de bien comprendre toutes les étapes, les techniques, les cuissons, les produits. C’est un peu mon dada de 2023.”
Vous êtes français, établi en Belgique, comment vous vous y retrouvez dans la gastronomie des deux pays ?
”Tout à faire, je suis un petit frouze qui s’est installé en Belgique. Ma femme et mon fils sont Belges et du coup je suis ici depuis deux ans. J’adore Bruxelles et la Belgique. Au niveau gastronomique, c’est une approche totalement différente. En France, c’est un poids qui pèse sur les épaules. Tout le monde fait de la gastronomie française. Ce que je trouve cool à Bruxelles, c’est que c’est plus désacralisé. On va voir plein d’origines différentes s’entremêler, faire découvrir des recettes et des produits qu’on adore. J’adore ce multiculturalisme en cuisine.”
La Belgique a malgré tout sa propre identité et même ses combats, notamment pour les frites… belges
”J’adore aussi les plats typiques belges. D’ailleurs, je reste sur le fait que les frites sont belges. J’ai d’ailleurs un petit problème car je suis addict aux frites et ma balance me le rend bien. J’ai d’ailleurs mis une recette dans le livre en essayent de rester le plus fidèle possible à la tradition et ce ne sont bien entendu pas des french fries…”
C’est quoi le secret des bonnes frites alors ?
”C’est bien entendu une double cuisson, de la graisse de bœuf, même si dans le livre j’explique aussi qu’on peut faire des frites à l’huile si l’on n’a pas de graisse de bœuf. Mais la double cuisson ou laisser refroidir les pommes de terre entre les deux cuissons pour qu’elles soient un peu plus croustillantes, ça c’est important.”

Manuel du cuisinier amateur, Editions du Chêne, 35 €

Whoogy's donne le ton en couverture de son ouvrage: "tout a un début, à commencer par la faim". Une référence à sa gourmandise, que l'on retrouve tout au long des quelque 270 pages de ce manuel pas comme les autres. De par son auteur, d'abord, qui assume et revendique son côté amateur et autodidacte, rendant peut-être encore plus accessible les techniques qu'il développe et les recettes qu'il propose. "Qui dit technique culinaire ne doit pas pour autant stricte cuisine française, classique et académique: poulet aux morilles ou macaronis mac and cheese, même combat. Il suffit de prendre le temps de bien le faire. Préparer un burger avec des buns maison et un vrai bon morceau de viande hachée ou concocter un grilled cheese à base de pesto frais et de pain de mie tout juste sorti du four, ça change tout."
En cuisine, tout commence par les bons ustensiles et les bons ingrédients. Hugo n'est pas avare de conseils, de l'aiguisage des couteaux au dressage des assiettes en passant par les techniques de découpe ou de cuisson. On apprend, on s'amuse, on se fait plaisir. On devient un vrai cuisinier amateur, dans la veste de Whoogy's, les followers en moins, mais à table, vos convives vous diront assurément merci. Et comme le rappelle notre cuisinier, le plus beau des compliments qui peut vous être adressé est "c'est beau et c'est bon, ça pourrait être servi au resto."
