Si, de nos jours, il a presque totalement disparu de notre paysage, le fume-cigarette était extrêmement populaire au début du 20e siècle où il connut son âge d’or alors qu’il avait vu le jour bien avant, à la fin du 18e siècle.

Étonnemment, alors qu’au début seuls les hommes l’utilisaient, entre 1910 et 1920, les femmes s’emparèrent du fume-cigarette. Les suffragettes, motivées par les prémices de l’obtention du vote pour les femmes (en Belgique, la loi du 15 avril 1920 accorde aux femmes le droit de voter aux élections communales à l’exception… des prostituées et des femmes adultères) en firent même un objet de symbole d’égalité avec les hommes. Pour s’affirmer, les premières féministes recommandaient vivement à ces dames l’utilisation d’un fume-cigarette.

Petit tube légèrement évasé à l’extrémité duquel était insérée la cigarette, le fume-cigarette, fabriqué en jade, argent, bakélite et ensuite en plastique, conserva une certaine popularité jusque dans les années 1970. Il présentait un double avantage : éloigner la fumée du visage et éviter de se couvrir les doigts de nicotine.

Encore une fois, ce furent les femmes qui propulsèrent le fume-cigarette dans l’univers des stars, principalement dans les milieux du cinéma et de la mode. On pense ici notamment aux célèbres actrices Marlène Dietrich (aussi chanteuse), Rita Hayworth, Louise Brooks, Audrey Hepburn qui immortalisa le petit objet dans le film “Diamants sur canapé,” sans oublier Jacqueline Kennedy, l’épouse du président américain assassiné en 1963 à Dallas. Chez les hommes célèbres, le fume-cigarette était moins présent même si certains d’entre eux le mirent également à l’honneur : le président américain Franklin Roosevelt, Tennessee Williams (célèbre dramaturge et écrivain américain), Ian Fleming (auteur des romans de James Bond) ou encore le professeur Choron, co-fondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo et père de la comédienne et humoriste Michèle Bernier.

Dans les années 50, le fume-cigarette trouva sur son chemin un sérieux concurrent : l’apparition de la cigarette avec filtre (imaginée en Suisse dans les années 30) conçue dans le but de réduire le taux de goudron et de nicotine dans l’organisme. Même si certains modèles étaient déjà équipés d’un filtre, de nombreux adeptes du fume-cigarette l’abandonnèrent dès ce moment bien qu’à l’époque on parlait peu des dangers du tabac.

Aujourd’hui, plus personne ne s’affiche avec un fume-cigarette. La lutte contre le tabac, engagée un peu partout, tend à éliminer la cigarette dans la plupart des espaces publics, ce qui a réduit le fume-cigarette à devenir un objet de collection.

Certains modèles sont très recherchés, notamment ceux produits par les grandes joailleries comme Tiffany and Co, Boucheron, Cartier ou Van Cleef&Arpels. Et les prix sont souvent à la hauteur de la qualité du travail réalisé. Un fume-cigarette Cartier en or jaune peut se vendre ainsi aux alentours de 1 000 €, un modèle (or, 18 carats) provenant de chez Van Cleef&Arpels a, lui, été proposé à 1400 €.